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Le mystère d’Hugo Cabret

C’est encore bercée par l’univers magique d’Hugo Cabret, le nouveau film de Scorsese, que je vous écris ces mots. Adapté du livre pour enfants de Brian Selznick, le cinéaste italo-américain conte une fable empreinte de féérie et d’émotions. Un hommage touchant au grand Georges Méliès, qui nous entraîne dans une époque aujourd’hui assez méconnue du grand public: la naissance du cinéma!

Du Scorsese comme on l’a rarement vu, sincère et touchant. Un film magnifique…

On y suit, non sans un certain émerveillement, l’histoire d’Hugo Cabret (Asa Butterfield), jeune orphelin aux yeux bleus intenses, dont le père (Jude Law), talentueux horloger, lui a tout appris. Il vit de bric et de broc, chipant au besoin, dans les méandres de la Gare du Nord. Son seul héritage, et seul « ami », un automate mystérieux, supposé être, une fois fonctionnel, capable d’écrire. Désespéré de ne parvenir à réparer son fidèle ami, seule connexion, pense-t-il, à son défunt père, il va se laisser entraîner dans un voyage d’aventures, poussé par Isabelle (jouée par une Chloë Grace Moretz un peu dérangeante de maturité), une jeune fille, à l’imaginaire débordant et insatiable d’intrigues.

Ce duo attendrissant plonge le spectateur dans un tourbillon d’histoires à la Amélie Poulain, saupoudré de cette poésie rare et si précieuse au cinéma. On y découvre un Paris des années 30 aux contours de lithographie. Une Tour Eiffel, métaphore d’espoir et de rêve, disproportionnée, trônant fièrement au cœur d’une ville lumière scintillante. Une scène principale, la Gare du Nord, où se mêlent des personnages à la théâtralité fantasmatique. Une tenancière de bistro de gare et son chien jaloux, un sympathique vendeur de journaux plein de bonhommie, un inspecteur de station (joué avec brio par Sacha Baron Cohen) aussi caricatural qu’hilarant, dont les tentatives de séduction envers la jolie vendeuse de fleur sont un spectacle en soi…et puis ce vieux monsieur renfrogné, qui tient la boutique de jouets et de sucreries, objet de fascination d’Hugo, qui passe ses journées à scruter, telle une souris à travers un trou de serrure, la valse quotidienne de ces personnages. Jusqu’au jour, où, pris la main dans le sac, il se trouve contraint de travailler aux côtés du vieux monsieur, un certain Georges Méliès (Ben Kingsley)…une relation qui va les changer irrémédiablement l’un l’autre. On retrouve là l’une des relations mythiques du cinéma italien, cette relation enfant/ père adoptif, où chacun reconstruit l’un l’autre grâce à un amour partagé des machines, et plus largement du cinéma et de ses multiples histoires…une référence poétique au film Cinema Paradiso du grand Tornatore.

Car c’est bien là où Scorsese propulse ce qui aurait pu être un simple conte de Noël en une histoire d’une richesse formidable, un hommage au cinéma incroyablement touchant. Scorsese quitte en effet, le temps d’un film, son univers sombre et puissant habituel pour conter une histoire qui le touche à cœur, en puisant dans sa vaste culture cinématographique, renouant ainsi avec son âme et ses rêves d’enfant. Grand cinéphile, amoureux du 7e art, Scorsese parvient à transmettre au public cet amour, cet émerveillement d’enfant, nous embarquant dans la fabuleuse histoire de l’invention du cinéma, et plus particulièrement du cinéma muet français. Véritable hymne au talent de Georges Méliès, le film révèle un artiste multidisciplinaire déchu et blessé, dont le génie va être peu à peu mis à nu, sous les yeux ébahis, tant d’Hugo que du public.

Prestidigitateur, chorégraphe, décorateur, journaliste et caricaturiste, Méliès sera un jour invité par les frères Lumière à la projection publique du premier cinématographe. Absolument fasciné par ce nouveau medium permettant de raconter des histoires, Méliès va tenter de les convaincre de lui vendre un appareil. En vain. Il achètera donc un projecteur dans une boutique de Londres, et parviendra à le transformer en camera. Il créera alors sa propre société de production, Star Fims, et le tout premier studio de l’histoire du cinéma français, à Montreuil, en banlieue parisienne.

Créatif allumé, graine de génie, il sera tour à tour acteur, réalisateur, scénariste, machiniste, producteur… fabriquant des petits films fabuleux d’inventivité, de naïveté et de poésie, de véritables terrains de jeux pour ce passionné, aujourd’hui reconnu comme l’inventeur des trucages, ancêtres des effets spéciaux au cinéma (pas étonnant que Scorsese ait choisi cette histoire pour se lancer dans la technique 3D!) Tombé quelques années dans l’oubli, Méliès, retrouvera plus tard ses lettres de noblesses, une fois encore renforcées par ce bel hommage, qui rappelle l’admiration profonde que lui porte Scorsese, une identification certaine à cet amour infini de la narration et de cette technique presque magique qu’est le cinéma. Scorsese rappelle d’ailleurs cet univers de magie en invitant le public, par la bouche de Méliès, à « rêver avec lui »…

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