Goudemalion, cet illusionniste!

Written by Sarah M on January 5th, 2012

L’excentrique et artiste précurseur tour à tour graphiste, illustrateur, photographe, réalisateur, directeur artistique bref, prestidigitateur des arts visuels, Jean-Paul Goude, s’expose aux Arts Déco à Paris jusqu’au 18 mars!

Quelques centaines de dessins, objets, photographies,  films du maître de l’illusion sont réunis pour cette exposition.  Une rétrospective extrêmement riche de l’empreinte sur le monde de l’art, de la mode et de la publicité de celui que l’on surnomme Pygmalion…ou Goudemalion. Une carrière de plus de 40 ans, qui, on le veuille ou non, n’aura pas manqué de marquer nos souvenirs d’enfance, de jeune adulte et qui, encore aujourd’hui, façonne, selon ses inspirations colorées, notre quotidien. Une rétrospective, en somme, qui agit comme un déclencheur de souvenirs et d’émotions, jaillissant immanquablement.

Né d’un père français et d’une mère américaine, danseuse de Music Hall, Jean Paul Goude évolue entre Paris et New York. Illustrateur pour les magasins Printemps, directeur artistique pour le magazine Esquire, puis pour New York Magazine, où il rencontre notamment la mère d’un de ses enfants et égérie incontournable, Grace Jones, aussi animale qu’extravagante. Une égérie qu’il ne cessera ensuite de mettre en scène.

Car Jean Paul Goude fonctionne avec des muses, des femmes fortes, aux silhouettes pas forcément classiques, mais qui ont une histoire à raconter, qui l’inspirent et avec lesquelles il joue, les modelant selon un imaginaire débordant qui est le sien. Farida Khelfa, Vanessa Paradis, Carole Bouquet, Björk, Naomi Campbell, Laetitia Casta, plus récemment la blogueuse mode Tavi…pour ne citer qu’elles.

Jean-Paul Goude est fasciné par l’Afrique, les corps, les arts, la couleur, l’excentricité…son style est une explosion d’idées et de messages inscrits dans la contemporanéité, d’influences personnelles et artistiques. Un style original, touché par un brin de magie, d’illusion et d’anti-convention. Un souffle de liberté et de folie esthétique qu’on respire quasi quotidiennement sans même véritablement s’en rendre compte.

Directeur artistique pour Lafayette depuis 2001, les Parisiens deviennent les spectateurs plus ou moins passifs de la folie goudemalienne. Jouant avec une Laetitia Casta, érigée en véritable personnage de fiction, et d’autres figures du monde des arts et de la culture, sa belle-fille Mia Frye notamment qui pose pour le gracieux tableau « danse avec la mode », ou Iggy Pop dans le tout dernier « Noël Rock’n Mode », Goude propose une fresque Lafayette, souvent drôle, toujours étonnante et rafraîchissante.

C’est que Goude, qui a un sens aigü de la dérision, et de l’auto-dérision, n’hésite pas à  transformer, modeler ses sujets pour les réinventer et révéler des aspects de leur personnalité qu’on attend rarement.  Jongleur d’illusions, il pratique la retouche manuelle, scotche, découpe, colle, étire les silhouettes, s’amuse à leurrer, duper et créer des mirages.

« Illustrant les fantasmes des autres. Je suis devenu, naturellement, un auteur d’images » se décrit-il. Un auteur de ces images qui ont jalonné plus ou moins discrètement mon apprentissage du style, mon appréhension du sens de l’esthétique, comme celui, j’imagine de bien d’autres. Élevée aux publicités déjantées Kodak, dont les aventures des enfants voleurs de couleurs me captivaient…aux publicités Chanel à l’esthétique et l’énergie toujours puissante…qui a oublié Vanessa Paradis en oiseau Coco Chanel encagé, ou le coup de théâtre d’Égoïste sur une musique de Prokoviev instinctivement associée? Sans compter Estella Warren pour Eden de Cacharel, révélant, l’air de rien, un sein rosé ou encore le raffinement de la publicité pour les chocolats Lindt, véritable ode à la danse avec pour fond sonore le Lac des Cygnes?

Un jaillissement de souvenirs d’époques plus ou moins lointaines, et la prise de conscience que Jean Paul Goude, bien que travaillant essentiellement sur commande, la plupart du temps pour de grandes marques, n’en est pas moins un artiste, au talent saisissant. C’est en parcourant l’ensemble de la rétrospective, et en découvrant l’étendue incroyable de sa touche sur le monde qui nous a façonné, que l’on en prend la mesure.

J’ai aimé par-dessus tout découvrir ses croquis, absolument émerveillée par la facilité apparente de son coup de crayon.

Il semblerait que chacun de ses projets soit dans un premier temps conçu en illustration, mais quelle illustration, une œuvre en soi, colorée, dont les personnages semblent déjà prêts à être animés.

Comme ici les travaux préparatoires au spectacle qu’il a réalisé à la demande du gouvernement français de l’époque, en 1989, à l’occasion du défilé du bicentenaire de la Révolution sur les Champs Élysées…dont certains se souviendront certainement encore de l’effervescence presque euphorique!

J’ai aimé, enfin, écarquiller les yeux devant la vitalité, voire l’audace dégagée par ses photographies! Je suis restée bouche bée devant celle-ci notamment…

Dois-je vraiment ajouter qu’un coup d’œil à l’expo, même bref, s’impose?

Pour ceux et celles qui n’ont pas cette chance…voici une vidéo récapitulative de son travail…laissez-vous inspirer!

Le musée des Arts Déco abrite d’ailleurs également deux autres expositions qui mérite un coup d’oeil…la première sur Babar, le gentil éléphant, qui ravit autant les grands que les petits…j’aurais pu rester des heures à observer les yeux écarquillés des enfants devant celui qui a bercé notre enfance!

La seconde sur le génial graphic designer Sagmeister, qui parvient à joindre avec naturel le culturel et le commercial! Une belle leçon pour qui se nourrit de communication visuelle :)

Les Arts Décoratifs – 107 rue de Rivoli, Paris 1er

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