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Les 7 doigts de la main + Séquence 8 = Complètement cirque!

Hier soir, en grand pompe et tapis rouge, La Tohu inaugurait la 3e édition du festival Montréal Complètement Cirque! Quelques chanceux invités, artistes et représentants des médias étaient conviés à célébrer l’événement en venant découvrir le tout nouveau spectacle de la compagnie Les 7 doigts de la main, Séquence 8, dirigé par Shana Carroll et Sébastien Soledvilla, et présenté à La Tohu jusqu’au 15 juillet!

Vous vous souvenez peut-être de ce collectif montréalais, que j’avais découverte l’an passé, pendant ce même festival, et pour qui j’avais eu un immense coup de cœur. C’est donc avec beaucoup d’excitation que j’ai rejoins la Cité des Arts du Cirque et pris place dans la magnifique salle de La Tohu.

Après quelques minutes d’introduction et de remerciements aux nombreux partenaires du festival, le spectacle a enfin commencé.

Un décor chaleureux et boisé. Sur scène, point d’artifice mais un spectacle conçu autour de quelques instruments de cirque et d’acrobatie, avec un accent fort mis sur l’effet de troupe et son apport humain. Point de costumes à paillettes non plus, le cirque des 7 doigts de la main se veut un retour aux sources du genre, à l’importance de l’humain, de l’humour et de la performance.

Car si le spectacle mêle la danse contemporaine, le théâtre, le chant, la musique, les arts visuels et l’humour absurde, le collectif surprend avant tout par sa technique, démontrée avec un naturel déconcertant, d’une efficacité redoutable. Les « Oh! Ah! » fusaient dans la salle, tandis que les acrobates effectuaient leurs tours. On tremblait à les regarder se mettre en danger, dans des sauts toujours plus hauts, frissonnait d’excitation à les voir chuter, puis rebondir, observait bouche bée les tours de passe-passe réalisés avec une agilité étonnante.

Articulés par les interventions d’un apprenti reporter aussi drôle qu’absurde, les séquences ont vu défiler chacun des huit acrobates, dans une ambiance poétique et réfléchie, tout en émotions. Avec en fil conducteur, une réflexion Jungienne sur le rôle de « L’Autre » et « la manière dont, à travers lui ou à son encontre, on se définit soi-même ». D’où l’importance forte du rôle du collectif tout au long du spectacle, des échanges des uns envers les autres.

Malgré quelques longueurs par instants, le spectacle est ponctué de moments forts et marquants. Je retiens l’envol d’Alexandra Royer, qui manie la barre russe avec brio et élégance, et que l’on retrouve un peu plus tard dans un numéro d’une grâce infinie, sur son cerceau aérien. Un moment absolument magique, d’une émotion envolée la plus subtile.

Je retiens également le jeu de boîtes à cigares d’Eric Bates, que l’on suit dans les airs, le souffle coupé et les yeux écarquillés. Tels des aimants qui s’imbriquent le jeune jongleur propose un ballet rythmé de boîtes qui, on ne sait comment, finissent toujours par retrouver leur place.

J’ai sursauté en regardant Devin Henderson jouer au tigre, sautant à travers ses anneaux chinois, rater son coup le plus ardu, puis réussir sous les cris émerveillés du public. C’est qu’on aurait tendance à croire, en regardant ces artistes de haut vol réaliser leurs prouesses avec aisance, que la tâche est facile. Mais il suffit de ces quelques instants de frisson pour nous rappeler à la réalité.

Des frissons prolongés par le duo incroyable formé par Maxime Laurin et Ugo Dario, tous deux couronnés d’ailleurs cette année par une médaille d’or au Festival du Cirque de Demain à Paris. Dans un jeu de vase communiquant, sur une planche sautoir (planche coréenne), les deux acrobates s’élancent dans les airs, à coups de saltos et figures de style à couper le souffle.

Illustration parfaite de « L’Autre », du lien d’interdépendance et de cause à effet, la planche coréenne vient couronner un spectacle où l’effet de « groupe » prend tout son sens. Car à chacun des moments du spectacle, ce n’est pas l’individu en soi qui est mis en avant, mais son rapport aux autres, sa place et son rôle dans le groupe. Même lors de chaque solo, le groupe veille, soutien, observe, près à intervenir, aider, provoquer…ou remplacer.

Comme notamment durant cette séquence où, telles des diapositives projetées, les tableaux se construisent et se reconstruisent à chaque clap d’obscurité. L’attroupement en haut du mât se retrouve l’instant suivant éparpillé sur la scène, en train de poser la dernière touche d’un château de cartes, en poirier les pattes en l’air, au sol contorsionné…

Rythmé par une musique qu’on prend un plaisir non feint à découvrir, le spectacle se décline sous nos yeux ébahis, nous transporte, nous fait réfléchir et rire aux éclats.

Un style tout à fait différent de celui de l’an passé, plus festif et jazzy (certainement tout de même mon préféré), mais d’une profondeur rare, et d’une qualité qui finit de convaincre le plus dubitatif des désillusionnés, que le cirque a décidément bien évolué. Les 7 doigts de la main le prouve encore une fois, par un vent de renouveau où la technique associée à l’humain est reine.

Bravo!

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Séquence 8 par les 7 doigts de la Main – Du 5 au 15 juillet 2012 à 20h (16h le dimanche)

à La Tohu – 2345, rue Jarry Est (angle d’Iberville)

Spectacle de 90 minutes (sans entracte)

55 $ | 38.50 $ | 27 $ (billets en vente sur le site de La Tohu)
(c) Crédits photos: Ann Paré. Spectacle des 7 doigts de la Main aux Nuits de Fourvières à Lyon le 20 juillet dernier.
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