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Pérou #3: Sérénité et histoire à Santa Catalina

Silence et réflexion. Deux états qui riment parfaitement avec Santa Catalina, véritable star de ce troisième épisode péruvien.

De ce monastère caché au coeur d’Arequipa, j’en avais entendu des louanges, j’en avais lu des recommandations. Et pourtant, rien ne m’avait préparé au sentiment de béatitude qui allait m’envelopper dès les larges portes du lieu passées. 

Difficile de croire qu’à sa fondation, à la fin du 16e siècle, le monastère accueillait pas moins de 500 religieuses. Une vie de prière et de silence, mais également de communauté, entre broderies et mondanités.

Un monastère VIP coupé du monde

Car jusqu’à ce que le Vatican leur rende visite et leur demande de faire voeu de pauvreté, les religieuses de Santa Catalina n’avait rien des nonnes habituelles. Issues des plus riches familles du pays, qui payaient un lourd tribu (soit 1 000 soles de dot par candidate, une fortune à l’époque!) pour assurer à leur pieuse progéniture une place au paradis ocre, les religieuses acceptées au monastère vivaient comme de véritables princesses. Maisonnettes personnelles avec servante, oeuvres d’art et tapisseries au mur, services à thé de porcelaine à faire rougir d’envie l’aristocratie anglaise et argenterie clinquante. Rien n’était trop beau pour ces filles de bonnes familles, qui continuaient de se faire entretenir par leur clan tout au long de leur vie monacale.

Le cloître des novices

Si Santa Catalina ne compte aujourd’hui que 2 novices pour 24 religieuses, le ratio était bien supérieur à l’époque. Enrôlées très jeunes, la plupart des filles arrivaient au couvent dès 12 ans pour rejoindre aussitôt le rang des novices. Elles vivaient ainsi exclues du reste de la communauté religieuse pendant 4 ans (1 an pour les veuves).

Leur activité principale? Apprendre à lire en récitant, chaque jour, les 55 litanies du cloître…

Une ville dans la ville

La période d’étude touche à sa fin lors d’une cérémonie durant laquelle la novice est invitée à rejoindre les religieuses. L’étude des litanies laisse alors place à la méditation, à la prière, à l’enseignement, à la couture et aux invitations les unes chez les autres.

Une véritable petite ville qui fourmille, entre religieuses, servantes et clergé, les seuls hommes autorisés à entrer dans ce gynécée étant les prêtres et les médecins. Même les familles n’ont plus accès à leur progéniture autrement que par l’intermédiaire d’un tourniquet de bois, seul “contact” avec le monde extérieur.

Un voeu de pauvreté imposé

Au 19e siècle, quand le Vatican décide de mettre son holà, les religieuses sont contraintes de laisser leur maisonnée pour rejoindre un dortoir. Les repas se font alors dans un grand réfectoire sombre, en silence, pendant que chacune récite tour à tour les prières. Finies également les servantes et les “tea time” entre copines. Chacune doit apprendre à cuisiner pour tout le monde, dans l’immense cuisine générale…une toute autre ambiance en perspective!

C’est ainsi qu’a fonctionné le monastère jusqu’à son ouverture au public dans les années 1970. Depuis, les quelques religieuses qui restent sont recluses dans leurs quartiers. Pour n’en sortir qu’entre 7h et 9h…avant l’arrivée des visiteurs.

À la découverte des ruelles de Santa Catalina

Outre son intérêt historique, Santa Catalina est un écrin de beauté, fait de portes de bois sculptées, de murs peints à la chaux aux teintes ocre et bleu indigo, ou de pierre blanche volcanique.

On en parcourt les ruelles aux noms de villes espagnoles, les yeux écarquillés et le coeur frétillant devant tant de raffinement.

Par temps dégagé, on aperçoit le fameux volcan Misti, qui surplombe la ville…

Et sous le soleil délicieusement chaud de cette fin d’été péruvien, rien de plus apaisant qu’un jus de fruits pressés, à l’ombre de la pergola du café du Monastère.

Un petit bout de paradis dans le paradis…

Autant dire que je me souviendrai longtemps de ces couleurs chatoyantes, de cette ambiance paisible et lumineuse.

D’ailleurs, si le bien-être pouvait avoir un parfum, ce serait celui-ci: un mélange envoûtant d’effluves de chèvrefeuille, de figuier et de bois ambré fumé.

Vous vous douterez que le véritable supplice fut finalement de s’extraire de ce lieu hors du monde!

 

Monastère Santa Catalina – Calle Santa Catalina 301, Arequipa, Pérou. Ouvert tous les jours de 8 a.m à 5 p.m (de mai à décembre) ou de 9 a.m à 5 p.m (de janvier à avril).

Le monastère propose des visites nocturnes (je n’ai pas testé mais j’imagine l’expérience assez folle!) les mardis et jeudis à partir de 8 p.m.

Les billets d’entrée comprennent un service de guide dans un bon nombre de langues (français, anglais, japonais, allemand, italien, portugais). La nôtre était non seulement adorable mais absolument passionnante. Une occasion idéale pour poser tout un tas de questions sur les coutumes locales! Évidemment, un généreux pourboire est de rigueur…

 

 Les épisodes précédents

Si vous rejoignez la visite en route, je vous invite à parcourir les articles précédents:

#1 Prélude d’un voyage euphorisant

#2 Rencontre avec Arequipa

 

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8 comments on “Pérou #3: Sérénité et histoire à Santa Catalina

  1. Aurélie
    April 23, 2014 at 11:13 pm

    J’ai adoré cet endroit merci de me faire revivre cette si belle visite !!!

  2. Aurélie
    April 24, 2014 at 1:13 pm

    Je ne me lasse pas de lire tes articles. Cet endroit semble magique. Cela me fait penser aux Météores en Grèce même si c’est très différent.

  3. Sarah M
    April 24, 2014 at 2:21 pm

    Merci Aurélie. Ce lieu était en effet l’une des mes plus belles découvertes au Pérou. Malheureusement, je ne connais pas les Météores…paradoxe de l’européenne voyageuse…je n’ai encore jamais été en Grèce à force de dire “c’est à côté, j’ai toute ma vie pour y aller!” Il va falloir sérieusement songer à y faire un saut ;) Merci du rappel!!

  4. Milie
    April 24, 2014 at 11:23 pm

    Ton post appelle vraiment à la rêverie. Les couleurs chatoyantes, les fleurs, le ciel bleu, ça donne envie! merci !!

  5. Sarah M
    April 24, 2014 at 11:47 pm

    Merci à toi Milie pour ce gentil message! Je suis contente que ce si beau lieu t’ait inspiré :)

  6. Claire-Line
    April 28, 2014 at 1:42 am

    Merci pour cette agréable vsite de Santa Catalina que je ne connaissais pas, charmante ville.

    Claire-Line

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