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En Transit

Étrange sensation que de rentrer au bercail. Après l’excitation obsessive, l’inquiétude s’incruste. Et si je n’y retrouvais plus ma place? Et si mes amis étaient passés à autre chose? Et si, et si.

18 décembre à l’aéroport de Montréal. La danse des exilés sur la route des vacances bat son plein. Les valises débordent. Les négociations au comptoir font rage. “27 kg mademoiselle. C’est soit vous arrivez à mieux répartir le poids, soit vous payez 75 $ d’excédent”. No way!

L’heure tourne. Il reste 10 minutes avant la fermeture de l’enregistrement. Derrière la file à rallonge, trois autres femmes éventrent leur valise. Sourire de connivence. Combien ça pèse une paire de bottines? 500 g dit le porte-bagages. À coup de grammes et de jeans roulés, les kilos descendent. Ceux du bagage cabine enflent.

Retour devant l’agent Air France, l’air faussement décontracté, les doigts croisés pour que seule la valise soit vérifiée, et que le petit sac en tissus Monoprix ne soit pas repéré. Hourra! Je trottine vers la sécurité, mon billet à la main. 30 minutes d’attente. Je m’affaisse sous le poids. Et m’en viens à jalouser la mini valise Spiderman du petit garçon devant moi. Tout pour ne pas me dévisser une épaule.

Le temps semble s’être soudainement accéléré. L’embarquement de mon vol a déjà commencé et me voilà à tenter de braver les vents contraires. J’avance au ralenti, avec l’impression de faire du sur-place. “Embarquement immédiat!” Comme une envie de balancer mon sac et de courir comme une dératée, façon Macaulay Culkin. “Attendez-moi! Attendez-moi! Me laissez pas sur le carreau!”

Siège 14L. Soupir de soulagement et regard égaré quand je m’aperçois du ridicule carré réservé à notre rangée de trois. Ah Air France, à chaque voyage, les centimètres rapetissent…

Pendant ces 5h40 de vol, impossible de fermer l’oeil. Notre petit coin s’est vite transformé en repère de parents tentant de calmer leurs nouveaux-nés. 4, 5, 6 bébés pleurent en cacophonie, secoués en rythme par leurs jeunes parents aux yeux cernés. Les discussions se nouent, les échanges d’expérience fusent. Nous voilà dans une réunion tupperware spécial couches.

Quand tout ce petit monde retourne s’assoupir, c’est au ballet des hôtesses de prendre le pas. Les lumières blanches se rallument. Il est 21h à ma montre. 3h selon la France. L’heure du petit déjeuner a sonné! Comment quiconque peut avaler quoi que ce soit après avoir dévoré un plateau repas quelques 3 heures avant me dépasse. J’en ai le coeur levé.

“Plus que 45 minutes de vol, on entame la descente”, nous annonce-t-on dans un anglais cahoteux. Derrière le hublot, la nuit noire. Puis au fil des minutes, quelques îlots de lumière surgissent tels d’immenses guirlandes de Noël. Depuis le ciel, la masse noire qui entoure les îlots a tout d’un océan. Un noir profond, qui se fend par instants de faisceaux de lumières. Une voiture bravant la nuit. La scène semble irréelle.

Il est 4h47 quand les trains d’atterrissage rebondissent sur le tarmac. Charles-De-Gaulle, sous la pluie battante. Les nouveaux bâtiments sont élégants et modernes. CDG, tu en jettes avec ton design vitré et coloré.

En sortant de l’avion, les touristes semblent complètement perdus. Oui, il faut prendre un métro automatique pour aller chercher ses bagages. L’air hésitant, chacun se scrute. Le labyrinthe parisien commence.

Premier arrêt: le passage des douanes. Contrôle des passeports comme on vérifierait un billet de train, entre deux conversations. Le contraste avec l’Amérique du Nord est frappant. Aucune question, aucune vérification informatique. On entre décidément en Europe comme dans un moulin.

Il est déjà 6 heures du matin et la fatigue commence à pointer. Les regards scrutant le tapis sont creusés et la horde de nourrissons dort à poing fermé dans les porte-bébés. Derrière les larges baies vitrées, les familles guettent. Les taxis-moto également.

“Taxi mademoiselle! Taxi!”. On se croirait un instant à Lima mais, contrairement à la capitale péruvienne, un refus poli suffit à retrouver de l’air. Me voilà avec mon chariot inspectant la foule.

J’aime ces moments d’attente à observer les retrouvailles. L’émotion est palpable et l’attente chargée d’électricité. Ici une mère au look si Parisien, retrouve sa fille, vraisemblablement partie étudiée à HEC Montréal, les larmes ruisselant sur son visage. Là une autre jeune fille sautille, “Papa! Papa! Je suis là!” Les accolades sont viscérales. Une dose d’amour brut qui me fouette le coeur. À ma gauche, une grand-mère frappe des mains en découvrant son petit-fils, emmitouflé contre le torse de sa mère.

Vie d’expatriés. Faite de rêves, d’espoirs…et de déchirements.

Et puis, parmi tous ces visages inconnus, se faufile la mienne de mère. Élégante et apprêtée. Jolie et concentrée. Elle ne me voit pas, puis le regard s’éclaire! En l’espace d’une micro-seconde, une nouvelle intervalle spatio-temporelle s’ouvre.

Il y a une seconde, elle me semblait encore si loin. Mais un câlin suffit à faire oublier la distance et le temps. Nos univers se fusionnent par magie. Et la vie reprend, comme si on s’étaient quittées hier.

 

 

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14 comments on “En Transit

  1. Julie
    December 22, 2014 at 6:27 pm

    Et voila que tu me files le bourdon de ne pas etre de retour en France pour les fêtes, et ce malgré le Noel au soleil ! Super joli texte, bonnes vacances en France xxx

  2. Jasmin
    December 22, 2014 at 6:59 pm

    Cela me rappelle des souvenirs, c’est la première fois en 8 ans que je suis de l’autre côté…

    Profite bien de tes vacances :)

  3. Charlotte, reine des confettis
    December 22, 2014 at 8:50 pm

    Trop mignon ton texte !

  4. Sarah M
    December 23, 2014 at 12:53 am

    Ah non non non Julie, pas de bourdon en Floride :) Je t’embrasse bien fort copine! Enjoy ce premier Noël de maman ♡

  5. Sarah M
    December 23, 2014 at 12:55 am

    @Jasmin Ça faisait 3 Noël que je n’étais pas rentrée…drôle de sensation de se trouver loin des siens en cette période. Je te souhaite de joyeuses fêtes, bien entourée :)

  6. Sarah M
    December 23, 2014 at 12:56 am

    Merci et bon Noël, reine des confettis!

  7. The Green Geekette
    December 23, 2014 at 3:00 am

    Les aéroports, ces lieux emplis d’émotions et de larmes… encore dans le sens où on arrive, on est dans l’excitation de retrouver nos proches, mais alors au moment de repartir c’est tellement dur, sortez les mouchoirs ça pleure dans les chaumières!

  8. Adeline
    December 23, 2014 at 4:37 am

    Très joli texte. C’est ce que nous avons ressenti lorsque nous sommes rentrés en septembre après 18mois. L’aéroport est l’endroit que je déteste et que j’aime le plus. C’est assez ambiguë. ….. mais il est vrai que les fêtes sont toujours un dur moment à passer. ….. Profite de ta famille et joyeuses fêtes.

  9. Sarah M
    December 23, 2014 at 10:14 am

    @TheGreenGeekette: Ne m’en parle pas…rien que de penser au retour, j’en ai des frissons! On pense que ça passera avec le temps, qu’on s’habituera à se dire au revoir, mais à chaque fois la déchirure est si vive. Terrible!

  10. Sarah M
    December 23, 2014 at 10:15 am

    Merci Adeline. C’est vrai ce que tu dis, les aéroports sont des endroits d’émotion. Tant de joie, que de tristesse. Je te souhaite de très joyeuses fêtes!

  11. Anne-Laure
    December 23, 2014 at 4:21 pm

    Je finis ton article avec un joli sourire sur les lèvres. C’est si joliment raconté qu’une petite boule de nostalgie s’est formée dans ma gorge. Tu me rappelles l’intro du film Love Actually avec ces proches qui se retrouvent dans le hall des arrivées de l’aéroport. Profite bien de ton passage en France et de ces moments en famille !

  12. Martine
    December 23, 2014 at 6:54 pm

    Superbe texte rempli d’émotions! Surtout que je viens de vivre la même chose mais à Montréal!

    Bonnes vacances !

  13. Sarah M
    December 30, 2014 at 10:49 am

    Merci Martine et bonnes vacances :)

  14. Sarah M
    December 30, 2014 at 10:50 am

    Merci Anne-Laure, ravie que ces mots aient suscité l’émotion. D’autant que la référence à Love Actually me plaît bien, j’aime tellement cette scène dont tu parles à l’aéroport! Joyeuses Fêtes à toi!

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