The-School-Of-Life-Paris
,

À l’école de la vie

Quand on était petit, il y avait l’école primaire. On nous apprenait à appréhender la vie. On nous donnait les clés pour construire notre bout de chemin. Mais aujourd’hui? Vers qui se tourner? Nous voilà adultes, gorgés de questionnements sans réponses. Prendre telle décision ou plutôt celle-ci, poursuivre dans cette direction ou bifurquer. Le temps file et s’accélère. La pression augmente. “Je ne veux pas rater ma vie”. “Je veux être heureuse”. “Je ne veux rien regretter”. “Je veux vivre MA vie, et pas celle du voisin. Ni celle dictée par la société”. La cocotte minute tremble. La vapeur siffle. Trouver des réponses. Vite. Vite. Vite.

C’est un peu ce que propose la School of Life. Réfléchir ensemble. Échanger sur nos expériences et tenter de se poser les bonnes questions. Loin du cadre familier, amical ou familial.

Hier soir, sur les conseils d’une amie, je participais à mon premier cours: Comment harmoniser Vie Pro et Vie Perso. J’aurais pu piocher parmi les autres thèmes tout aussi inspirants, Comment améliorer sa confiance en soi, Comment avoir de meilleures conversations, Comment mieux communiquer pour réussir, Comment faire durer l’amour…mais le thème de l’équilibre entre soi, les autres et le travail résonnait fortement.

Depuis que je travaille à mon compte, mes vies pro et perso ont fusionné pour ne former qu’un amas informe en fil continu. Le concept peut être alléchant à première vue. Vivre de sa passion, quel rêve! Mais à force de respirer passion/travail – nuit et jour, dans le métro, en voyage, en famille – aussi excitant que cela puisse être, on s’épuise.

Un peu de structure ne ferait pas de mal. Ne serait-ce que pour ré-introduire le plaisir de ne rien faire, de renouer les amitiés, voire les amours.

Prendre le temps. Souffler. Et cesser de courir sans queue ni tête.

school-of-life-paris-Nathalie-Anziani
Nathalie Anziani (c) The School of Life Paris

Le cours était animé par Nathalie Anziani, avocat spécialisé en droit du travail. Nathalie a fait ses classes dans des grandes entreprises comme Canal + ou La Poste. Entre suicides et burn out d’employés, les questions d’équilibre entre vies pro et perso y sont intenses et tragiquement concrètes. “Mais j’aurais pu continuer comme ça, reconnaît Nathalie”.

Le vrai déclic? “La naissance de ma fille. Doublée de la mort brutale de mes deux parents”. Après 14 ans à foncer, Nathalie sait qu’elle doit organiser sa vie autrement. Un questionnement qui la mène vers l’entrepreneuriat puisqu’elle crée son cabinet d’avocat, “newlaw avocat”, et une nouvelle philosophie de vie. Qu’elle partage notamment à la School of Life.

En poussant la porte de la School of Life hier soir, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Entre bouchées et trinquette, les échanges commencent timidement. Certains, comme moi, viennent pour la première fois. D’autres, en sont à leur 2e ou 3e cours. L’ambiance semble presque trop gentille pour être vraie. Serais-je entrée par mégarde dans l’antre de la Scientologie? My Little Paris en parle régulièrement, ils ne promouvraient pas une secte quand même..? Serais-je donc devenue si cynique que toute gentillesse me paraîtrait suspecte?

Balayant mes préjugés, je m’installe sur la chaise jaune du premier rang. Comme à l’école, les derniers rangs ont été pris d’assaut et me voilà, éternelle retardataire, le nez collé au tableau.

Après une introduction historique sur la notion même de bonheur et de succès, qui rappelle combien la définition est changeante selon les époques et les pays, Nathalie nous invite à prendre deux minutes pour réfléchir à un titre qui nous présenterait. Un mot surgit dans mon esprit: Bordel! Je commence le bal avec le titre suivant: “Travailleuse autonome sans limite ni cadre”. Mes camarades de classe poursuivent avec des titres différents, mais qui évoquent le même sentiment de perte de contrôle. Me voilà rassurée, je ne suis pas la seule.

C’est finalement précisément ce que je retiendrai de cette soirée d’échange. Le sentiment de ne pas être la seule à me poser ces questions. Ou plutôt devrais-je, de chercher à me poser les bonnes questions. Je comprends alors le pouvoir libérateur des rencontres en mode alcooliques anonymes. Le partage d’histoires très personnelles, de peurs profondes, avec de parfaits inconnus.

En confrontant nos vécus, les craintes se dissolvent une à une. Je prends la mesure de toute la pression que je m’inflige à moi-même. Cette quête perfectionniste de l’efficacité, de la réussite à tout prix. Mais quelle réussite? Qu’est-ce que la réussite? Cette quête n’est-elle pas extrêmement égocentrique finalement?

Notre génération vit une époque formidable. Les horizons sont éclatés. Les possibilités infinies. Ne nous martèle-t-on pas depuis l’enfance que si l’on veut, on peut? À force de nous répéter que nous pouvons tout faire, tout être, on y a cru.

L’idée est magique. Porteuse des espoirs les plus fous. Mais quelle pression! “En voulant tout réussir, ne nous sacrifie-t-on pas nous-mêmes?” questionne Nathalie. “Nous vivons dans un mythe culturel qui prône cette idée fixe selon laquelle on doit être toujours mieux que nos ancêtres”.

Cette dernière phrase rebondit en écho. Pourquoi cette phrase en particulier me demandé-je? Parce qu’elle inscrit notre vécu dans la lignée familiale. Or qu’on le veuille ou non, l’héritage familial – les réussites et les échecs de nos ancêtres – pèsent sur nos épaules. Combien de fois n’ai-je pas entendu tel directeur d’entreprise expliquer sa rage de travail par la peur de répéter les faillites du père, ou tel autre par la peur de rompre le cercle vertueux de la réussite familiale?

Je me souviens d’un professeur d’économie au lycée qui nous avait dit que nous serions la première génération à vivre moins bien que nos parents. Qu’historiquement, les nouvelles générations suivaient une progression sociale. Mais que nous – pauvres damnés – nous devrions accepter que la courbe s’inverse. J’y repense souvent dans mes moments de doute. Dans ces moments où l’incertitude du lendemain me donne le vertige.

Car le réflexe naturel serait de se poser la question “comment aurait fait ma mère à mon âge?”, chercher des réponses dans les exemples passés. Or, la comparaison est vaine. L’époque dans laquelle nous évoluons est si différente de celle des baby boomers. Les paramètres ont changé. Le temps s’est accéléré. La révolution numérique et l’effacement des frontières – réelles ou virtuelles – a complètement changé la donne.

Finalement, ce sont les termes mêmes de succès et d’échec que nous devons repenser. Accepter que nos trajectoires sautent et sursautent. Accepter de se réinventer sans cesse. Accepter que le temps soit plus court, plus variable, moins prévisible. Et s’adapter.

S’il y a une chose que j’aimerais retenir de ce cours, c’est l’idée selon laquelle il n’y a pas de mal à faire le vide. Une participante nous confiait y avoir eu plusieurs fois recours. À chaque fois, son entourage ne la comprenait pas.  Pourquoi ne rien faire? Pourquoi se mettre en difficulté financière? À chaque fois, c’est ce temps de vide total, à décortiquer ses choix, son quotidien, la nature de ses relations aux autres, et à réfléchir sur la direction à donner à sa vie, qui lui a permis, une fois la direction trouvée de foncer et d’avancer finalement bien plus vite que si elle avait cherché à combler son vide par des tergiversions.

Une telle décision impose selon moi une sacré dose de courage. Le courage de taire les qu’en dira-t-on. Le courage de se retrouver seul face à soi-même. Le courage de dire non.

 

“Savoir dire non, c’est prouver sa liberté. La force du refus permet la reconquête de soi”

La Boétie

 

Mais “savoir dire non, c’est aussi renoncer à des choses, avoir l’impression de capituler, voire de faire des sacrifices”, rappelle Nathalie.

Or c’est ce renoncement qui peut parfois être difficile à concéder. D’où cette dernière question posée en fin de cours: “Que seriez-vous prêts à perdre pour enrichir un autre aspect de votre vie?”

De quoi réfléchir encore un moment n’est-ce pas?

Pour approfondir le sujet, voici quelques titres recommandés par The School of Life:

  • Willing Slave, de Madeleine Bunting  (2005)
  • Leçons de vie, d’Elisabeth Kübler-Ross et David Kessler (2004)
  • La semaine de 4 heures : Travaillez moins, gagnez plus et vivez mieux, de Timothy Ferriss (2010)
  • Vous pouvez être ce que vous voulez être, de Paul Arden (2004)
  • Histoires du temps, de Jacques Attali (1982)
  • Une Rolex à 50 ans : A-t-on le droit de rater sa vie ?, de Yann Dall’Aglio (2011)
  • L’éloge de la lenteur, de Carl Honoré (2005)
  • The Three Marriages, de David Whyte (2009)

 

The School of Life – 28 rue Pétrelle, 75009 Paris – 39 euros le cours.

Share

You May Also Like

One comment

  1. Sarah'folle'
    February 13, 2015 at 4:58 pm

    ça a l’air vraiment intéressant ce cours ! Je pense aussi que parfois il faut faire le vide, s’arrêter un peu pour se poser les bonnes questions et comme tu le dis ce n’est pas une perte de temps au contraire ! Merci pour ce joli article =)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *