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Merveilles et mirages de l’Orientalisme au MBAM

Depuis mon retour à Montréal, je n’avais qu’une idée en tête: courir voir l’exposition Merveilles et mirages de l’orientalisme au Musée des Beaux Arts. J’ai tellement rêvé de cette expo que j’avais peur d’être déçue. J’avais résisté à la tentation de lire les critiques, comme on éviterait les spoilers du dernier Game of Thrones.

C’est donc des chimères plein la tête que j’arrivais au MBAM. Décidée à en apprendre le plus possible sur le sujet, je me suis jointe à la visite guidée proposée par le musée gratuitement à l’achat du billet. Bien plus vivant qu’un audioguide collé au bout de l’oreille.

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Premier tableau d’introduction, cette scène de harem fantasmée par Benjamin Constant. Une pièce gigantesque de 3 mètres sur 5, le plus grand tableau jamais transporté par le musée. Les personnages sont à taille réelle, la lumière d’une chaleur à transpercer les curieux. Le rendu est si réaliste qu’on entendrait presque le son mélodieux des cordes pincées de la cora, bercés par l’odeur d’encens à la myrrhe.

Mon âme de voyageuse s’envole vers d’autres contrées. Je suis au Maroc, entre Marrakech la rouge et Tanger la blanche. Je suis en Andalousie, en train de me perdre sous les arcades en arabesques de l’Alhambra.

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S’il y a une destination qui me fascine depuis toujours, c’est bien Grenade et son Alhambra, “antichambre de l’Orient”, ce carrefour d’influences espagnoles et mauresques. En plongeant dans les tableaux de Benjamin Constant, mon coeur s’emballe. Je suis émerveillée par la douceur de ses couleurs, par la luminosité et la chaleur qui se dégagent de ses toiles. Nous sommes à la fin du 18e siècle, mais nous pourrions être à n’importe quelle époque tant ce qui s’en dégage semble intemporel.

Cette fascination pour l’Orient, ses couleurs chatoyantes, sa douce nostalgie et sa sensualité. Une vision utopique propre à l’Orientalisme. Cet Orient rêvé, fantasmé.

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Car derrière ces scènes de vie quotidienne, où les femmes, oisives, se prélassent nues. S’amusent avec un flamant rose, se laissent charmer par la musique qu’on leur joue. Se cache la vision d’un homme de son temps. Benjamin Constant, formé aux Beaux Arts de Toulouse et de Paris, époux de la fille d’Arago – Ministre de l’Intérieur français, Parisien d’adoption mondain ayant séjourné à de maintes reprises en Espagne et au Maroc…

Et c’est bien là tout le contraste entre la merveille et le mirage. Nous sommes en pleine expansion coloniale, une époque où les colons européens règnent en maître dans un pays qui n’est pas le leur. Une époque où la femme est rêvée comme alanguie et docile, ses seins nus dépassant nonchalamment. C’est la rousse au teint diaphane, dont les pouvoirs ensorceleurs fascinent autant qu’ils effraient. C’est l’esclave noir au regard impassible et pénétrant.

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Peut-on en vouloir à Benjamin Constant d’être un homme pris par les mentalités de son temps? Pas vraiment. D’ailleurs, comme le rappellera notre guide, “Benjamin Constant fut l’un des premiers à accepter d’avoir pour apprenties des femmes dans son atelier”.

Sa peinture oscille entre un classicisme certain et une modernité rafraîchissante. “Ce portrait de Maure en est un parfait exemple. Observez comme les traits classiques de son visage contrastent avec la modernité des coups de pinceau de son turban”, nous indique notre guide.

Un homme de son temps doté de curiosité et d’envie d’ailleurs…

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En parcourant les salles du musée, je suis séduite par la scénographie qui s’offre au visiteur. Des tapisseries de velours rouge aux encadrements boisés, murs d’arabesques et moucharabieh, le MBAM nous transporte hors du temps et de l’espace.

En approfondissant un peu, je comprends le travail phénoménal qui a été entrepris pour organiser une telle exposition. Une soixantaine de prêteurs, de Toulouse – d’où est originaire le peintre – à Montréal, en passant par Paris, Carcassonne, Bordeaux, Narbonne, Besançon, Providence, New York, Lille ou Washington. Il a fallu un travail de recherche impressionnant pour faire sortir des réserves ou des collections privées une quantité d’oeuvre encore jamais exposées au public, parfois même encore roulées. Cette chasse aux trésors version 21e siècle a permis un travail de restauration d’envergure, que nous avons le privilège de découvrir aujourd’hui à Montréal.

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Alors en quittant le MBAM, pas une once de déception ne me frôle. Au contraire. Je suis conquise. Charmée. Emballée. Je veux voyager, explorer Tanger et Marrakech, me perdre en Andalousie et caresser la pierre froide des colonnades de l’Alhambra. Quelle chance quand même, qu’il existe de tels passionnés par l’art et l’histoire que de telles expositions soient possibles.

Il ne reste qu’un petit mois pour aller admirer l’expo Merveilles et mirages de l’orientalisme au MBAM puisqu’elle fermera ses portes le 31 mai 2015. Croyez-moi, vous ne voulez pas la manquer!

 

 

 

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2 comments on “Merveilles et mirages de l’Orientalisme au MBAM

  1. Mathilde Mercier
    May 3, 2015 at 6:02 am

    Bon retour parmi nous. :)

  2. Sarah M
    May 7, 2015 at 8:26 pm

    Merci Mathilde :)

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