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Horst: 60 ans de photographie de mode au musée McCord

A partir d’aujourd’hui jusqu’au 23 août 2015, le musée McCord accueille en exclusivité Nord américaine la première rétrospective des oeuvres de Horst: photographe de l’élégance. Peut-être connaissez-vous le travail de ce photographe, mais je dois avouer que c’est grâce au vernissage de l’exposition que je l’ai découvert. Photographe de mode allemand, ayant vécu entre Paris et New York, Horst a travaillé pendant 60 ans pour le magazine Vogue et côtoyé les plus grandes stars du monde des arts.

Considéré comme une légende de la photographie de mode du 20e siècle, aux côtés d’Irving Penn ou de Richard Avedon, Horst semble être toutefois passé inaperçu aux yeux du grand public. Une injustice que cette exposition incroyable vise à renverser. Organisée en partenariat avec le Victoria & Albert Museum de Londres, l’exposition Horst a déjà voyagé en Europe – en Allemagne et à Londres notamment, où près de 100 000 visiteurs curieux se sont déjà pressés. L’exposition Horst: photographe de l’élégance réunit ainsi 250 photographies de mode, puisées dans les archives Condé Nast et prêtées par quelques particuliers, des carnets de croquis, des images d’archives animées, ainsi que huit robes Haute Couture signées Chanel, Molyneux, Lanvin, Schiaparelli, Maggy Rouff et Vionnet.

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Horst posant devant son portrait peint par Christian Bérard et photographié par Cecil Beaton

Qui était Horst?

Horst Bohrmann, naît en Allemagne en 1906. Très tôt attiré par le design et la menuiserie, il fréquente l’école d’art appliqué de Hambourg où il s’initie aux arts, à l’opéra et au théâtre. En 1930, il déménage à Paris pour devenir apprenti dans le studio d’architecture de Le Corbusier. Ce qui aurait pu être une révélation tourne rapidement à la désillusion. Ce n’est pas l’architecture qui plaît au jeune Horst mais bien la photographie, qu’il découvre grâce à une rencontre déterminante dans sa vie: George Hoyningen-Huene, alors photographe vedette pour le Vogue France. George, qui devient alors autant son mentor que son amant, lui ouvre non seulement les portes du studio de Vogue, mais également celles du Paris créatif des années 30.

Dès 1931, les premières photographies de Horst sont publiées dans le Vogue France. Anonymement d’abord, puis signées de son simple prénom, Horst. Le succès est tel, qu’à peine un an plus tard, il est invité par l’éditeur Conde Nast à passer 6 mois à New York pour réaliser les photos de l’édition américaine du Vogue. Il y photographie alors les plus grandes stars du cinéma, de Bette Davis à Gertrude Lawrence. Très sociable, il se lie vite d’amitié avec les stars de l’époque: de Coco Chanel ou Christian Bérard à Paris, à Cecil Beaton à Londres. Lorsqu’il ne photographie pas le Bal des Valses ou autres soirées mondaines du Gotha Parisien, il fait poser dans son studio parisien les vedettes de cinéma, écrivains, présidents et membres de la royauté.

En 1935, George Hoyningen-Huene quitte Vogue pour son concurrent, le Harper’s Bazaar. Horst devient alors le photographe principal du Vogue France. Une relation qui durera 60 ans. Soixante années durant lesquelles Horst tirera le portrait de toute une génération d’artistes : Mistinguett, Dali, Visconti, Marlène Dietrich, Coco Chanel, Elsa Schiaparelli, Gary Cooper, Vivien Leigh, Gary Cooper. Soixante années durant lesquelles photographiera la mode et la glamourisera, participant activement à l’essor des magazines de mode, dont l’influence ne fait alors que croître bien au-delà du simple papier.

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Lisa Fonssagrives photographiée par Horst
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Elsa Schiaparelli photographiée par Horst
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Coco Chanel photographiée par Horst

 

Le style Horst

Horst est réputé pour le classicisme et l’intemporalité de ses photos. Maître des jeux de lumières, ses photos font preuve d’un sens de la composition et de la création d’atmosphère unique en son genre. Fasciné par la gestuelle, Horst focalise une bonne partie de son travail sur les mains, qui semblent discrètement donner le ton de ses mises en scène. Horst travaillait ainsi la plupart du temps en studio, à quelques exceptions près lors de ses voyages, ou plus tard, lorsqu’il intégrera les pages de la section Lifestyle du Vogue.

C’est dans l’intimité de ses studios, à Paris ou à New York, que Horst photographie la mode. Nous sommes alors loin des photos saisies à la volée lors des défilés. Au contraire, Horst photographie les collections Haute Couture ou Prêt-à-porter dans un même élan de composition théâtrale que pour ses portraits ou natures mortes. Les sessions ont lieu la nuit, seul moment où les vêtements peuvent être empruntés. Il s’en dégage une atmosphère de clair obscur et de mystère qui retranscrit la vie nocturne qui se déroule dans l’obscurité des ruelles parisiennes. Lorsqu’il ne se consacre pas à la mode, Horst s’amuse à créer  des natures mortes fantaisistes. On sent alors l’influence du mouvement surréaliste de l’époque. Une esthétique inspirée de Dali et autres comparses, constituée d’éléments mystérieux ou étranges, qu’il combine avec son classicisme légendaire.

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La plupart de ses photos sont en noir et blanc, sublimées par un travail de la lumière époustouflant. Mais Horst sera également l’un des premiers photographes de mode à intégrer les nouvelles techniques de l’époque, en proposant dès 1935 des photographies en couleur. Nouveau langage visuel, la rupture entre les deux styles est on ne peut plus frappant. Le mystère et la solennité du noir et blanc laisse alors la place au glamour et à l’élégance plus accessible, voire légère ou frivole.

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Horst à New York, nouveau centre névralgique de la mode

En 1939, la guerre est imminente. Horst, comme bon nombre de ses amis artistes, quitte l’Europe pour l’Amérique. Horst embarque de justesse dans l’avant-dernier voyage du Normandie, qui transporte alors à son bord près de 4 000 pièces de Haute Couture. Un trésor qui fuit l’arrivée de la guerre et transporte avec lui le centre névralgique de la mode.

Les années 1940, alors que la guerre fait rage en Europe, placeront en effet les États-Unis au centre de l’échiquier international de la mode. Ainsi, bien qu’une adresse à Paris fasse toujours preuve de prestige, de nombreuses marques américaines font leur apparition. La photographie a depuis quelques années remplacé l’illustration de mode et les stars hollywoodiennes occupent de plus en plus les places laissées vacantes par les familles royales destituées d’Europe. Les magazines de mode, dont le Vogue américain, connaissent un essor sans précédent. Leur influence devient telle qu’ils lancent les tendances. Un nouveau paradigme s’installe, celui du prêt-à-porter et de l’image.

“En 1946, le vêtement féminin représente l’une des industries les plus importantes des États-Unis, réalisant plus de 6 milliards de dollars par an”, peut-on lire durant l’exposition.

Depuis son studio niché sur les hauteurs de l’East River, Horst shoote les plus grandes stars du cinéma, ainsi que ses modèles fétiches de l’époque. Une garde rapprochée qu’il ne cessera de faire travailler. Le style Horst évolue alors pendant un temps, fortement influencé par ce studio new yorkais baigné de lumière. Mais surtout, Horst imprégné du patriotisme local, le photographe intègre peu à peu les couleurs du drapeau américain. Les touches de blanc, de bleu et de rouge, font leur apparition, en touches certes subtiles mais bien présentes. C’est qu’après avoir servi auprès des forces américaines en 1943 – alors même que son frère Heinz se bat du côté allemand – Horst obtient la nationalité américaine. S’il reviendra régulièrement en Europe à la fin de la guerre, il ne quittera plus jamais New York.

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Andy Wahrol par Horst pour la section Lifestyle du Vogue américain – Sous la direction de Diana Vreeland
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Photographie d’intérieur par Horst pour la section Lifestyle du Vogue américain – Sous la direction de Diana Vreeland
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Photographie du Château Gabriel d’Yves Saint-Laurent par Horst pour la section Lifestyle du Vogue américain – Sous la direction de Diana Vreeland

Le tournant Diana Vreeland

En 1962, Diana Vreeland quitte le Harper’s Bazaar pour se joindre aux équipe du Vogue US. La carrière de Horst connaît un nouvel élan lorsque cette dernière lui confie, en collaboration avec Valentine Lawford – diplomate britannique et compagnon de Horst depuis 1947, de photographier les demeures et jardins des célébrités pour la section Lifestyle du Vogue. Les éditoriaux, présentés en grand nombre sur les écrans de l’exposition, resplendissent de couleurs, de motifs et de textures. Nous sommes loin des clichés tout en contraste noir et blanc des débuts de Horst, mais on retrouve son oeil pour l’élégance et la sublimation de ses sujets. Ainsi, les intérieurs d’Yves Saint-Laurent, des Kennedy, de Truman Capote, Andy Wahrol ou encore Karl Lagerfeld se dévoilent au public à travers les pages du Vogue.

Horst continuera de photographier jusqu’en 1992, année où sa vue devient trop défaillante pour poursuivre. Horst a 86 ans et une carrière pour le moins brillante derrière lui. Récipiendaire de nombreux prix et hommages – dont un doctorat honorifique de l’Université de Bradford et le Lifetime Achievement du Council of Fashion Designers of America – Horst s’éteint en 1999 à Palm Beach en Floride, à l’âge de 93 ans. Il faudra attendre 2001 pour qu’une première rétrospective lui soit consacrée. L’exposition Horst Portraits: 60 Years of Style révèle le travail du photographe à la National Portrait Gallery de Londres. Horst: photographe de l’élégance, créée par le Victoria & Albert Museum de Londres et présenté cette saison au musée McCord de Montréal constitue la toute première exposition consacrée à Horst sur le sol Nord américain. Une célébration à ne pas manquer!

 

 

 Horst: photographe de l’élégance – Jusqu’au 23 aôut 2015 au Musée McCord de Montréal 

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