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Multipotentialité: l’art de tracer son propre chemin

Je me souviens d’une phrase que m’a dite mon amie Margot quand elle me voyait, au début de la vingtaine, m’arracher les cheveux parce que je ne trouvais pas ma place dans la société. “Cesse de vouloir rentrer dans une case, construit plutôt ta propre case, en fonction de tes intérêts”. Sur le moment, je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire. J’étais trop formatée par la société française et sa superposition de petites boîtes bien hermétiques pour percevoir comment en sortir.

C’est en vivant à Montréal, bien plus tard, que j’ai compris qu’il était possible de transformer ses passions en carrière professionnelle. En côtoyant la communauté créative montréalaise, j’ai rencontré des entrepreneurs de tout acabit: des photographes, des designers web, des créatrices de bijoux, des gestionnaires de médias sociaux, des rédacteurs, musiciens, conseillers en communication et marketing, blogueurs professionnels ou relationnistes. Des entrepreneurs travaillant en grande majorité à leur compte, et jonglant avec tout un éventail d’intérêts, voire de casquettes.

J’ai rencontré des personnes passionnées et animées par la même volonté: se tailler un chemin sur-mesure, et vivre la vie comme une aventure.

C’est la philosophie que j’ai adoptée. Un saut dans le vide, aussi électrisant qu’apeurant parfois.

L’angoisse d’une aventure sans filet

Pourquoi? Parce que je deviens la seule maître à bord, et que si je cesse d’avancer, de pousser les portes et de me renouveler, aucun filet ne sera là pour me rattraper. Je suis une fille de challenge donc ce mode de vie me plait, mais il y a des nuits où l’angoisse prend le dessus, où la sensation de flotter au-dessus du vide me glace les sangs. Quand la spirale du doute se met à vriller au creux de la nuit, je me mets soudainement à regretter mes ennuyeux 9 à 5, la paie réglée au mois (version française) ou aux deux semaines (version québécoise), les vacances payées, la mutuelle santé qui me permet d’être malade sans tomber dans le rouge…une vie plus classique, plus sereine.

Mais cette vie-là, je l’ai essayée. J’ai voulu m’y épanouir, monter un à un les échelons, suivre les plans de carrière pré-établis. Je l’ai rêvée, comme toute bonne élève nourrie aux espoirs de grande école > CDI > cadre ++ > achat d’appart/ mari/ 2 enfants/ voyages/ bonheur made in France. La vérité, c’est que mon cerveau se liquéfiait. Je mourrais littéralement d’ennui.

J’ai pris conscience de ça quand mon médecin m’a arrêtée une semaine pour “apathie”. Apathie à 25 ans!

Le sursaut

En regardant cette fille devenue vide, malgré un nombre incommensurable de centres d’intérêt, j’ai eu un sursaut. Ça ne pouvait pas être moi. Je refusais que ce soit moi. Depuis ce jour, j’ai tout fait pour créer mon propre chemin.

Ça n’est évidemment pas arrivé du jour au lendemain. Tailler sa propre carrière hors des trajectoires habituelles est un travail quotidien. Non pas uniquement parce que la société ne privilégie pas ce type de parcours et de profils, mais parce qu’il faut que je me batte sans cesse avec mes propres jugements de valeur. Ceux qu’on m’a inculquée depuis toute petite et qui sont imprimés, que je le veuille ou non, dans mon ADN.

Je parle de cette tendance à se juger à partir de critères considérés comme étant la norme: la taille du compte en banque, le niveau de responsabilité et de statut social, le nombre de jours de vacances annuel, les possessions, l’avancement familial (t’as bientôt 34 ans, est-ce que tu penses à te marier? À avoir des enfants?). Lorsque ces “étapes de vie normale” ne sont pas cochées, il règne forcément parfois un petit malaise insidieux.

Ces idées selon lesquelles on ne vaut rien pour telle ou telle raison. Voilà la véritable barrière à l’épanouissement personnel.

Combattre la petite bitch de voix

Quand la petite bitch de voix tente de s’incruster, je n’ai pour l’instant trouvé qu’une seule solution: l’uppercut. Comment? En pratiquant la pensée positive, c’est-à-dire en tentant de rediriger mes pensées vers les projets qui m’animent, en essayant de ne pas oublier de célébrer les réussites et victoires personnelles. Et en marchant. Mis à part le yoga et le pilates (mais je suis bien trop paresseuse pour y aller régulièrement), je n’ai encore rien trouvé de mieux que la marche pour me vider la tête et apaiser mon esprit.

Surtout, j’apprends à assumer mes choix de vie. Et accepter qu’on ne peut pas tout avoir: la sécurité d’emploi et la liberté de travailler où bon me semble, un salaire de ministre et la possibilité de ne travailler que sur des projets excitants…

Chacune des voies choisies a ses avantages et ses inconvénients. L’important est finalement d’être très clair sur ses valeurs personnelles, ce qui nous allume, le moteur qui nous fait croquer la vie à pleines dents.

Tirer le fil de ses envies…

Comme toute bonne multipotentialiste, j’ai cumulé avec les années un nombre incroyable de centres d’intérêts. Certains vont et viennent, d’autres restent plus longtemps.

Comme l’exprimait Liam, un lecteur, dans les commentaires de mon dernier article sur la multipotentialité, ce passage d’un sujet à l’autre, d’un intérêt à un autre, voire d’un continent à l’autre peut donner l’impression d’aller nulle part et de se disperser, voire de se perdre. Ce qui crée un sentiment de frustration et d’échec qui peut potentiellement miner la confiance qu’on a en soi.

Ce commentaire m’a profondément touchée, parce que je percevais en filigrane une détresse qui m’a souvent mise à terre. C’est ce commentaire qui m’a poussée à écrire ce deuxième article sur la multipotentialité et les façons de tracer son propre chemin.

Je reste persuadée, parce que je le vis au quotidien, qu’être multipotentialiste n’est pas une tare mais bien une force pour vivre sa vie comme une aventure riche en rebondissements.

…Pour tracer son propre chemin

Si nous sommes les multipotentialistes que nous sommes, c’est parce qu’une vie bâtie autour d’une seule et même passion, un “true calling” comme le dit si bien Emilie Wapnick, ne nous correspond pas. Notre créativité, notre sensibilité, notre curiosité avide font de nous des êtres aux multiples intérêts, voire talents pour les chanceux.

C’est en tirant le fil de mes envies que je construis chaque jour ma carrière. Évidemment, je ne parviens pas à satisfaire tous mes intérêts en même temps. Mais j’ai envie de dire: on a une vie pour le faire! Plutôt que de chercher à tout faire en même temps, j’ai établi des priorités. J’apprends à mettre quelques idées en sourdine pour me concentrer sur quelques projets, et tenter de les mener à bien. Du moins, jusqu’à ce que je juge qu’il n’y a plus d’intérêt à poursuivre au-delà.

Mes intérêts actuels sont : le voyage, la mode, la créativité, la vie d’expat, l’entreprenariat, la responsabilité sociale des entreprises, l’environnement, la mode éthique et l’entreprenariat social, les questions d’identité, la lecture, la céramique, la révolution numérique, les bouquins sur l’écriture, la capacité à écrire en anglais, l’impact des médias sociaux dans nos vies et leur utilisation marketing, l’équilibre de vie, les mutations du journalisme, la montée du marketing de contenu, le vin biodynamique, la cuisine et les défis de l’alimentation saine.

Comment tracer son propre chemin à partir de ces divers intérêts? En articulant le tout, comme on le peut. Certains des centres d’intérêts que j’ai évoqués sont cultivés de façon privée, sans chercher à en tirer quoi que ce soit d’un point de vue professionnel. D’autres participent à la micro-entreprise que je bâtis peu à peu autour de mon nom: certains sujets alimentent ce blog et mon 2e blog, Hey Flamingo (que je m’efforce patiemment de traduire en anglais…mon défi personnel de 2016!). D’autres, comme la mode ou le voyage, sont exprimés à travers les blogs ou publications de mes clients, voire à travers l’écriture de bouquins. Pour explorer les questions de l’entreprenariat, j’ai rejoint bénévolement le mouvement CreativeMornings, qui organise une fois par mois des conférences avec des personnes influentes sur les différents thèmes touchant à la créativité. Pour exploiter mes connaissances accumulées en blogging, gestion de médias sociaux et marketing en ligne, je conseille des clients et gère une partie de leurs projets. Pour tout ce qui touche au vin et à la gastronomie, je suis mon chéri dans son aventure entrepreneuriale avec Wino.

Cette construction est en perpétuelle évolution, avec son lot d’incertitudes, de portes qui se ferment, de portes qui s’ouvrent. Mais jamais je n’ai eu autant d’énergie en me levant le matin!

Il n’y a pas plus grand luxe que de vivre sa propre vie, celle qu’on a bâtie sur-mesure, un effort à la fois! C’est d’ailleurs tout le mal que je souhaite à Liam, et à toutes les (nombreuses) autres personnes qui se reconnaissent dans ces mots.

Sarah

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4 comments on “Multipotentialité: l’art de tracer son propre chemin

  1. Laure
    April 28, 2016 at 6:15 pm

    Aaah j’adore ce second article également !
    De la motivation, de l’enthousiasme, du peps et un beau chemin à suivre pour tous les multipotentialistes qui se cherchent.
    Le filet m’a fait penser à une chanson que j’apprécie particulièrement (et que j’ai même chanté !), le fil de Karpatt, c’est exactement ça !

  2. Sarah M
    April 28, 2016 at 10:23 pm

    Merci Laure pour tes commentaires…et cette chanson que je ne connaissais pas!

  3. Antoine
    August 11, 2016 at 2:13 pm

    Merci infiniment pour cet article Sarah, chacun de tes mots a provoqué une véritable résonance en moi car je vis actuellement la même situation et je me bats chaque jour contre cette petite voix afin de faire mes propres choix et de vivre une existence créative.
    C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de tout quitter pour partir vivre à Montréal et tenter mon expérience. Merci aussi pour ton blog car, grâce à toi, je fais de très belles découvertes.
    Bonne continuation.

  4. Sarah M
    September 7, 2016 at 7:36 pm

    Merci beaucoup Antoine pour ton message. Il y a des jours où on ne sait plus trop pourquoi on passe tant de temps à écrire, puis un message comme le tien surgit de nulle part. De quoi rebooster pour un moment. Je suis heureuse que mon article ait pu résonner chez toi. Je te souhaite une belle arrivée à Montréal. Tu verras, être multipotentialiste dans ce bout du monde prend une toute nouvelle tournure. Belle aventure!

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