c2-montreal-creativite-commerce-sarah-meublat
, ,

C2 Montréal: une recette créative en 13 doses

Cette semaine, j’étais envoyée par NIGHTLIFE.CA pour couvrir le C2 Montréal. Le genre de mandat rêvé, I know. Ça fait trois ans de suite que j’y assiste religieusement, et je dois dire que je ne m’en lasse pas. Chaque année réserve son lot de surprises, bonnes et mauvaises. L’édition 2016 n’a évidemment pas fait exception. Je vous raconte mon expérience et vous emmène visiter les coulisses.

En fait, c’est quoi le C2 Montréal?

1. Une dose de magie

c2-montreal-une-parisienne-s-emerveille

Il ne faut pas oublier que le C2 Montréal a été créé par l’agence SID LEE et le Cirque du Soleil. Autant dire que le niveau de créativité frise les sommets. Chaque édition se découvre comme un spectacle grandiose, où la scénographie, l’esthétique et l’inventivité se conjuguent. Hormis l’entrée de portes et l’esprit de fête foraine, l’édition 2015 avait été un peu décevante. Mes attentes étaient donc assez grandes en pénétrant dans les hangars de l’Arsenal mardi matin. Passé le couloir de néons jaunes de l’entrée, nous entrions dans un univers où la nature avait repris le pouvoir: des plantes luxuriantes grimpant sur d’immenses constructions métalliques, des oiseaux en origami qui semblaient voler au-dessus de nos têtes.

2. Une dose de gastronomie à la montréalaise

c2-montreal-creativite-commerce-pizzeria-n900

À l’extérieur, point de grande roue comme pour l’édition précédente mais un Biergarten tapissé de pelouse verte moelleuse et cerné de food trucks en tous genres. Mes chouchous Pizzeria N.900 avaient même embarqué leur four à bois italien dans leur camion! Mais les pizzas version food truck me semblaient bien moins alléchantes que leur version au resto, rue Bernard. Alors, j’ai préféré miser sur les lobster rolls (jour 1) et les rib’s + frites (jour 2) de Lucille’s. Les frites manquaient d’intérêt mais la guidée de homard (en FR) était délicieuse!

Les food trucks à côté servaient de la poutine, des grilled cheese, des tacos mexicains…autant de comfort food devenus incontournables sur la scène comfort food montréalaise. Côté Agora, des containers avaient été aménagés pour accueillir quelques-unes des célébrités gastronomiques de Montréal, dont l’excellent Park et le célébrissime Joe Beef. Les tarifs étaient évidemment un peu plus salés, autour de 25 $ l’assiette.

Mais la nouveauté de l’édition 2016 du C2 Montréal était la large place laissée aux chefs montréalais dans les ateliers culinaires présentés en collaboration avec le Centre Phi: John Winter Russel (Le Candide), Patrice Demers (Patrice Pâtissier), Antonio Park (Park) mais également le célèbre chef italien Massimo Bottura (Osteria Francescana) se sont relayés derrière les fourneaux. En tant que média je n’y avais pas accès mais disons que je me serais bien incrustée!

3. Une dose d’humour

c2-montreal-creativite-commerce-poney

Montréal, ville de gastronomie, ville de cirque…et ville d’humour! Pour la peine, le volet humoristique du C2 Montréal était bien meilleur que l’année dernière. Un couple de clowns habillés en majordomes jaune moutarde se faufilaient dans la foule, faisant pitrerie sur pitrerie. Rien d’hilarant, mais l’occasion d’instiller de la légèreté et de la dérision dans les rencontres d’affaires qui se jouaient sur place.

Chaque jour, entre deux conférences, Andy Nulman (le co-fondateur du festival Juste pour Rire) intervenait quelques minutes avec le titre “d’agent provocateur”. Des moments aussi drôles que touchant et inspirants: on a ainsi chanté Hallelujah à l’unisson, et tenté de deviner collectivement le poids d’un poney monté sur scène pour l’occasion. Just saying, j’avais vu juste à 4 kg près! On a également assisté à une séance de yoga pour robots. Je ne sais pas qui était l’artiste, mais la séquence était pour le coup hilarante!

4. Une dose de commerce local

walk-in-frank-oak-c2-montreal

J’aime l’engagement du C2 Montréal pour la scène locale. L’équilibre ne doit pas être évident à trouver pour le volet conférences puisque se relaient sur scène des grands noms internationaux (Martha Stewart, Muhammad Yunus, Massimo Bottura, Tim Brown, Chad Dickerson cette année, ou encore James Cameron, André Agassi, Chelsea Clinton, Alec Baldwin, Diane Von Furstenberg et j’en passe les années précédentes), avec des entrepreneurs et figures à succès d’ici comme le duo de Frank & Oak, les jumeaux de Want Les Essentiels, P.K Subban, Harley Finkelstein de Shopify ou encore Guy A. Lepage. Côté Agora, quelques marques comme Frank & Oak ou Le Rhinocéros par Phi avaient investi un container pour proposer un espace boutique (et barbier pour F&O). Du côté des food trucks également, je l’ai mentionnais plus haut, auxquels s’ajoutaient cette année deux fashion trucks, dont celui de la boutique Nomad, qui permettait aux visiteurs étrangers de se familiariser avec la mode locale.

L’événement devient alors une vitrine exceptionnelle pour le savoir-faire local, l’entreprenariat et la créativité dont regorge Montréal.

5. Une dose d’esprit collaboratif

c2-montreal-creativite-commerce-collaboration

L’un des enseignements majeurs que je tire du C2 Montréal, c’est que chaque système d’organisation, qu’il s’agisse d’une entreprise, d’une institution, ou d’un état devrait embrasser un esprit collaboratif. Tout est fait au C2 Montréal pour démontrer combien la collaboration, la diversité et la confrontation d’esprits potentiellement contradictoires est une richesse. La majorités des ateliers disponible sont pensés dans ce sens: constituer une équipe ad hoc d’inconnus, aux parcours et aux cultures divers, afin de les faire réfléchir ensemble sur un sujet donné, généralement dans un temps très court. La démarche déstabilise, fait sortir les plus réservés de leur zone de confort, mais les échanges qui se dégagent de ces cellules improvisées sont d’une rare énergie et d’une rare intelligence. L’expérience est libératrice et grisante, parole d’introvertie! Je me dis qu’il nous faudrait plus d’occasions, dans la vie de tous les jours d’apprendre à réfléchir ensemble, à collaborer ensemble. Le monde s’en porterait probablement bien mieux!

6. Une dose de WTF

c2-montreal-creativite-commerce

Bon, il faut qu’on parle de l’intervention pitoyable de Martha Stewart en clôture de C2 Montréal! La gourou américaine du lifestyle était évidemment LA tête d’affiche de cette édition 2016. Autant dire que la salle était pleine, nous étions d’ailleurs nombreux à avoir été recalés devant une porte close et invités à aller voir la conférence sur grand écran. Imaginez la tête des ceux qui avaient payé plus de 3 000 $ leur billet…Bref, passé ce petit souci technique, on aurait été en droit d’imaginer une conférence brillante sur son parcours et sur la façon dont elle est parvenue à bâtir un tel empire (en passant par la case prison, mais c’est une autre histoire!).

Et pourtant, plutôt que de transmettre son expérience, la madame a décidé de papoter de ses 200 poulets, de son âne et de son agneau. Si on n’avait pas été en conférence de clôture d’un événement comme le C2 Montréal, la situation aurait pu être risible. Mais à ce niveau, on peut bien parler d’une situation pathétique, sinon honteuse. Je n’aurais pas aimé être Justin Kingsley jeudi soir, qui devait avoir une sacré envie de la secouer et de lui faire bouffer ses poulets certifiés bio!

Autre petite dose WTF bien sentie: l’interview de Chad Dickerson (PDG d’Etsy) par Stowe Boyd (Gigaom Research). C’est toujours tellement gênant d’assister à ce type de rencontre, où l’intervieweur rêverait d’être la vedette et ne laisse pas la personne qu’il est censé interroger en placer une. Soupir.

P.S: Je remplace Mme Chicken par la photo, plus intéressante, d’une activité proposée par le C2. Cette activité qui consistait à se promener sous la neige en duo et échanger sur un sujet. J’ai bien aimé la réflexion d’Ali Velshi (ancien présentateur sur CNN qui faisait chaque après-midi d’excellents récaps de la journée. Un homme brillant!). Celui-ci faisait la remarque qu’il n’y avait qu’à Montréal qu’on pouvait penser que se balader sous la neige au mois de mai est cool. Touché ;)

7. Une dose de politique

c2-montreal-creativite-commerce-trudeau

Il ne me semble pas que les précédentes éditions laissaient autant de place au politique. Est-ce que je ne m’en étais tout simplement pas aperçue? Est-ce que l’inclusion était trop prononcée cette fois-ci? Je ne sais pas mais nous avons quand même eu droit à un discours d’introduction de Philippe Couillard vantant les mérites de sa ministre de l’économie, de la science et de l’innovation. Ce même cabinet que Michel Cartier (pionnier de l’internet) qualifiait d’analphabètes numériques dans sa conférences aux CreativeMornings/Montréal. Nous avons eu ensuite droit à un petit film de Justin Trudeau d’une rare hypocrisie (voir le point 8) en introduction de la conférence de David Suzuki. Puis un passage, assez discret pour le coup, du maire de Montréal Denis Coderre.

8. Une dose d’hypocrisie

david-suzuki-stephen-bronfman-c2-montreal

Que Justin Trudeau fasse une petite intervention, encore, ce n’est pas ce qui fâche. Notre premier ministre affiche son sourire partout. Mais en introduction d’une conférence sur l’environnement? Par David Suzuki? Est-ce que je peux me permettre de rappeler que la fondation David Suzuki s’est battue pendant des mois contre le pipeline de TransCanada? Qu’ils pensaient enfin avoir gagné la bataille de cette abomination environnementale…mais qu’une fois élu, notre cher Justin Trudeau, s’est empressé de réouvrir les discussions en vue d’autoriser le pipeline?! Et le voilà, sur grand écran, à rappeler l’importance de l’engagement du gouvernement envers la défense de l’environnement. Applaudi par la salle.

La deuxième hypocrisie, je l’ai relevée complètement par hasard. J’avais d’abord été très séduite par l’engagement de Stephen Bronfman (homme d’affaires et philanthrope québécois) auprès de la fondation David Suzuki, qu’il finance depuis de longues années. Belle surprise également lorsque je l’ai entendu expliquer combien il est important de changer nos modes de pensée et que la défense de l’environnement doit se traduire par des actes quotidiens: “je suis très riche, et pourtant j’ai choisi de ne pas rouler en Porsche mais en Tesla”. Tournée d’applaudissement et élan de reconnaissance. Très beau tout ça, sauf qu’en quittant le C2 Montréal jeudi soir, qui voyais-je monter dans une Porsche rutilante, baisser sa capote, et passer devant moi?

9. Une dose de poésie.

c2-montreal-creativite-commerce-meublat

Heureusement, il en faudrait plus pour me détourner de la richesse du C2 Montréal, et notamment de sa capacité, malgré le tourbillon ambiant et l’effervescence des rencontres, à offrir des moments de poésie pure. Intriguée par ces personnes qui évoluaient parmi la foule au ralenti, le regard perdu dans leurs pensées, un casque d’écouteurs vissés sur les oreilles, je me suis inscrite au Jardin.

Le concept de l’expérience? Une séance de méditation assistée, nous invitant à nous recentrer, sourire aux inconnus croisés, et à observer les mouvements du flot humain. L’idée était de balayer la salle du regard, voir les gens sans pour autant poser trop longtemps le regard. La sensation était incroyable. Comme si le fait de ralentir et de rythmer mes pas à la voix d’un inconnu, m’avait projetée dans une situation de flottement hors de l’espace. J’ai adoré ces quelques minutes durant lesquelles je me suis sentie à la fois en retrait de la foule, et on ne peut plus connectée avec cette communauté humaine qui vaquait à ses occupations. Le parcours menait ensuite à un petit jardin, dans lequel chaque participant entrait seul. L’objectif était alors de créer une expérience sensorielle en nous incitant à ressentir les différentes textures au sol (gravier, herbe, sable…), à jouer à pleines mains dans un bac à sable, à observer chaque plante, à la sentir, la toucher, la manger même. Avant de sortir de ce petit jardin d’éden, la voix m’a demandé de m’assoir sur une chaise de métal et de fermer les yeux. Les sens en éveil, chaque mouvement de l’air et de mon souffle me semblait décuplé.

10. Une dose de brain dates.

c2-montreal-creativite-commerce-brain-dates

Au C2 Montréal, il y a deux types de personnes. Ceux qui, comme moi, ont un côté premier de la classe assumé et se goinfrent de façon avide de conférences. J’ai tellement rempli mon cerveau pendant ces 3 jours que j’avais du mal à dormir. Un endroit comme C2 offre un tel concentré de stimuli que mon cerveau refusait de s’éteindre!

Il y a d’un autre côté ceux que les conférences intéressent peu, mais qui passent leur temps à multiplier les rencontres. Là encore, il y a deux types de personnes. Ceux qui maîtrisent le réseautage comme un 2e langage et papillonnent de personne en personne, accrochant du regard le badge des personnes croisées, et n’hésitant pas à leur tendre la main. Et enfin ceux pour qui les Brain Dates sont une véritable révolution. Propulsé par E-180, le système des brain dates permet à des inconnus de se rencontrer pour discuter d’un sujet. Chacun crée son profil, indique les sujets qui les intéressent, les questions auxquelles ils cherchent des réponses et comme dans n’importe quelle application Tinder, peuvent choisir la personne avec qui ils souhaitent discuter. Le système est très efficace. Je l’avais testé l’an dernier parce que les conférences étaient moins intéressantes, mais j’ai préféré cette année faire ma première de la classe.

11. Une dose de people

c2-montreal-creativite-commerce-food-truck

Dites-moi, quand avez-vous l’occasion, dans la vraie vie, de vous retrouver assis à côté d’un prix Nobel de la Paix, de tenir la porte des toilettes à une vedette de la télévision aussi belle qu’engagée dans la défense de l’environnement, de manquer de renverser votre smoothie sur la chemise d’un des dirigeants d’AirBnb, Google ou IBM? Quand vous retrouvez-vous à manquer d’engueuler PK Subban parce qu’il vous dérange pendant que vous tentez d’écrire votre article? Quand avez-vous l’occasion de côtoyer, en un même lieu, toute la faune artistique et créative de Montréal. Évidemment, je ne saurais pas quoi dire à la grande majorité d’entre eux, mais la simple possibilité de pouvoir leur poser toutes les questions possibles me grise. Mon côté journaliste, certainement!

12. Une dose d’inspiration

c2-montreal-creativite-commerce-tente

Mais surtout, et c’est là toute la force du C2 Montréal, il y a toujours ces moments d’émotion pure, ces moments rares où les synapses semblent exploser. J’avais ressenti ça quand James Cameron avait fait sa conférence il y a deux ans, quand Muhammad Yunus a présenté la première fois son mouvement pour le micro-crédit (pourquoi l’avoir invité cette année à refaire la même conférence? Mystère et déception). Cette année, j’ai été saisie par cet instant de Wow pur quand Massimo Bottura est monté sur scène pour parler de son projet Refettorio Ambrosiano, une soupe populaire de chef, et le mouvement mondial qu’il est en train de créer autour (je lui consacrerai un article, for sure). Ces game changers me donnent des frissons. Et à chaque fois que je les entends de ce qu’ils font, des choix et des engagements qu’ils ont pris, je me pose la question: “Qu’est-ce que je fais, moi, pour changer le monde?”.

C’est d’ailleurs l’angle que j’ai choisi pour mon article sur NIGHTLIFE.CA // C2 Montréal: Quelques conseils pour changer le monde à ta façon.

13. Une dose de célébration

c2-montreal-creativite-commerce-ab

Je devrais ajouter la célébration, car c’est un élément incontournable de l’ADN du C2 Montréal. Célébration de la créativité et de ces personnes qui changent le monde, un projet à la fois, selon leur propre mesure. Célébration humaine, car cette conférence a beau être orientée sur le commerce et le leadership mondial, elle a une capacité indéniable à créer des connexions, à créer pendant 3 jours une communauté bienveillante, ouverte et curieuse, tournée vers l’avenir, et décidée à trouver les clés aux problématiques qui chamboulent le monde actuel. J’espère que de telles expériences et de tels échanges laisseront une trace, quelque part, au coeur de chaque participant pour qu’il perpétue l’esprit C2 hors de la bulle de l’Arsenal.

Célébration enfin, car le dernier jour du C2 est toujours l’occasion d’une grande fête, ouverte au public (le prix des billets est tout à fait démocratique en comparaison de celui de la conférence en tant que tel). La crowd du C2 change alors complètement, et les festivités sont généralement explosives. Mais cette année, pas de célébration pour moi. Je me suis extirpée de la foule, le cerveau proche de l’implosion, pour filer chez moi, me poser à mon bureau, et écrire mon article pour NIGHTLIFE.CA.

c2-montreal-mr-wilson-ice-cream

La recette de cette délicieuse glace? Deux boules de glace à la vanille, du coulis de chocolat, des pépites de pralines croustillantes et quelques feuilles de basilic!

Share

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *