Louis Vuitton x Marc Jacobs

Quoi de plus attirant que la combinaison élégante du voyage et de la mode? Oui oui, je parle bien de cette collaboration si atypique et pourtant véritable source de succès, que celle du maroquinier Louis Vuitton et du designer mode Marc Jacobs. Une histoire de chiffon, qui s’expose jusqu’au 16 septembre prochain au Musée des Arts Déco à Paris! Visite guidée…

Repérée depuis belle lurette vous vous en doutez, je n’ai pas attendu bien longtemps avant d’y courir. Trop curieuse de découvrir l’expo.

Dès l’arrivée sur les lieux, le ton est donné. Place au raffinement et à la sobriété. Les murs sont peints du fameux gris trianon de la marque. Deux portraits tout ce qu’il y a de plus classique sont accrochés au mur, faisant face au visiteur, comme un signe de bienvenue à la limite de l’austérité.

L’expo est divisée en deux parties, la première sur l’univers du layetier-emballeur-malletier Louis Vuitton, la seconde sur le fameux directeur artistique de la marque, Marc Jacobs.

À travers les différentes vitrines, on découvre l’histoire de la marque et en apprend un peu plus sur les mœurs de l’époque et plus particulièrement sur le quotidien mode des grandes familles aristocratiques d’alors. Grâce à l’exposition, en format miniature, du trousseau type de la femme de belle famille, on prend conscience de l’importance des malles. Robes selon les circonstances, robes de bain (on oublie le bikini…et on comprend mieux pourquoi elles se noyaient les pauvres), robes de nuit, bas, miroirs, nécessaire de beauté, souliers, chapeaux. La panoplie minimum s’étale sur un pan entier de mur.

Et se décline, version taille réelle, avec une présentation de différentes robes (absolument immondes d’ailleurs…étonnant choix étant donné le thème de l’exposition..mais passons)…portées en une seule journée! Pour ceux et celles habitués à l’univers Downton Abbey (une série géniale et déjà cultissime sur l’aristocratie anglaise à peu près à la même époque, où les protagonistes ne cessent de se changer et se rechanger), vous ne serez pas étonnés par ces défilés de parures journaliers. Pas étonnant que les femmes ne travaillaient pas à l’époque, tenir le fil de la mode devait être un job en soi!

Conscient du potentiel que ce marché représente, Louis Vuitton fonde sa première boutique rue Neuve-des-Capucines, à quelques pas de la place Vendôme à Paris. Sa devise? Confectionner des malles alliant luxe, fonctionnalité et innovation.

Soucieux de se démarquer de la concurrence, il inscrit sur chaque en-tête la distinction “Spécialité pour l’emballage de modes”, et se place ainsi, directement dans le giron de la mode. Un spécialité renforcée par une collaboration déterminante pour le jeune homme d’affaires, avec non moins qu’un certain Charles Frederick Worth, fondateur réputé de la haute couture parisienne… La boucle est bouclée n’est-ce pas?

Quelques pièces, plus ou moins étonnantes, comme cette malle-lit de voyage, sont exposées. Avec, bien souvent les brevets rattachés aux inventions. Procédés de fabrication, boucles, systèmes de fermeture, imprimé en damier, toile monogrammée…tout est propice au brevet dans l’empire Vuitton.

Je n’ai jamais été très friande du monogramme brun Louis Vuitton et ses malles, bien que belles et intéressantes d’un point de vue historique, ne sont rien moins que de très jolies et raffinées malles. Au bout d’une dizaine, j’avoue ne même plus vraiment les regarder.

La partie « Louis Vuitton », malletier, s’arrête là.

Commence alors la partie sur le chouchou de la mode, Marc Jacobs. On y découvre son univers artistique, ses inspirations et références, grâce à des murs d’images et patchwork de vidéos. Extraits de films, photos de mode, de figures qui l’ont marqué comme Elizabeth Taylor, Yves Saint-Laurent, Marilyn, Taxi Driver, Marie-Antoinette…dans un mélange de styles on ne peut plus éclectique!

Un brin provocateur, résolument moderne, la collaboration avec le malletier au style on ne peut plus traditionnel et inscrit dans un style très vieille France chic peut surprendre de prime abord. Puis on comprend l’audace de la marque, son coup de génie même d’avoir fait appel à ce vent frais de créateur. Une façon osée mais ô combien réussie pour bouleverser les codes de la marque, les traduire, et les inscrire dans l’époque contemporaine.

Sont exposées quelques unes des premières collections de Marc Jacobs pour Louis Vuitton. Chacun des codes est respecté, l’utilisation du monogramme, du classicisme chic, du souci des finitions. Mais les pièces sont coupées selon les styles actuels, les matières sortent de l’ordinaire. Personnellement, cette mode me laisse de marbre. Mais je ne peux que m’incliner devant le travail de traduction et de détail opéré.

Je préfère amplement la collection de robes cocktails, bien plus éloignées de l’univers classique de la marque. Ici quelques robes bustiers de princesses, extraites de sa collection automne-hiver 2010-2011, en taffetas de soie, organza et traîne en lamé.

On voit d’ailleurs au fur et à mesure comment Marc Jacobs efface progressivement l’influence contraignante de Louis Vuitton pour imposer sa griffe. Louis Vuitton devient peu à peu Marc Jacobs. Son grain de folie prend le dessus, poussant la marque toujours un peu plus loin sur le chemin du possible.

La scénographie représente bien cet attrait de l’innovation. Les chaussures, par exemple, sont présentées sur des jambes de mannequins articulées, qui tournent au rythme de la mécanique des horloges, créant avec le reflet des vitrines, un effet d’illusion optique étonnant. À la manière d’un kaléidoscope. On retrouve bien là l’attrait de la mise en scène spectaculaire de Jacobs. Les codes classiques français sont ainsi respectés, mais la folie des grandeurs proprement américaine insufflée. De quoi créer un efficace mélange. Qui se décline de collection en collection.

Parfaite illustration de cette volonté de shaker les codes traditionnels, la collaboration de Louis Vuitton avec l’artiste japonais Takashi Murakami en 2004. Une révolution presque pour la marque tant l’univers manga de l’artiste est a priori loin du monde guindé et classique de Louis Vuitton. Et pourtant. La collaboration reste, dans l’histoire de la mode, l’un des plus beaux succès créatifs et marketing. On pourrait presque dire qu’aujourd’hui, près de 10 ans plus tard, le monogramme aux couleurs vives est devenu un classique. Paradoxal, n’est-ce pas?! C’est là tout le mystère de la mode j’imagine, ce qui la rend si vivante. Et source d’étonnement sans fin.

Autre collaboration mythique, celle réalisée avec le designer et artiste Stephen Sprouse, qui a apposé avec un certain grain de folie sa touche punk pop.

Marc Jacobs raconte à l’occasion de l’expo, d’où l’idée d’une telle collaboration lui est venue. Il raconte ainsi: “J’avais quelques idées en tête à l’époque où j’ai demandé à Stephen de travailler avec nous sur les graffitis pour les sacs. J’avais visité un appartement où habitait Charlotte Gainsbourg. Il y avait une malle Louis Vuitton que Serge, son père, avait peinte en noir. (…) Puis j’ai pensé à Duchamp qui avait mis une moustache à Mona Lisa. Je me suis intéressé à l’idée d’être à la fois respectueux et irrespectueux, d’accomplir un acte de rébellion mais en même temps de rendre hommage au Monogram Vuitton”

Aller là où on ne l’attend pas. Voilà la marque de fabrique Marc Jacobs. Ce qui fait que chacun de ses défilés sont attendus avec tant d’impatience, de fébrilité même. Un spectacle pour tout curieux en recherche d’innovation et de surprises. On n’aime pas toujours le style, même rarement en fin de compte pour ma part si je suis bien honnête. Mais on aime résolument le souffle novateur qui s’en dégage. La bousculade perpétuelle des codes.

” Je ne suis pas parfait mais je suis parfait dans l’imperfection. Parfaitement imparfait” confie-t-il.

C’est là toute la force de Marc Jacobs. Et cette exposition le prouve encore une fois. La séparation drastique entre la première et la seconde partie étonne d’abord. Puis on prend conscience, à la fin, de l’ampleur de la touche Marc Jacobs. Qui, jusque dans cette exposition, dicte ses règles. Des règles qui le propulsent comme le maître inconditionnel de la marque, qu’il a su dépoussiérer et propulser au palmarès des enseignes de luxe et de tendance. Un beau coup de maître. Sans grand risque pour Vuitton tant qu’il en garde les rennes. Mais qu’adviendra-t-il lorsque les deux marques, Louis Vuitton et Marc Jacobs, se sépareront?

Impossible de le prédire, mais une chose est sûre. Le brillant Marc Jacobs est devenu en l’espace de près de quinze ans, après un parcours quelque peu cahoteux, une véritable star. Marc Jacobs ressuscitant Vuitton, Louis Vuitton couronnant Jacobs.

L’étoile montante de la mode n’a certainement pas fini de surprendre. Et cette rétrospective avant l’heure ne fait que le démontrer.

Alors, en effet, l’exposition n’est certainement pas la meilleure jusqu’alors présentée au Musée des Arts Déco, dont la programmation est habituellement irréprochable, mais elle mérite le détour. Ne serait-ce que par curiosité, et pour mieux comprendre la “marque Jacobs”.

Subjuguée par le livre tout d’or et de marron vêtu…j’ai résisté à la tentation de l’acheter…et en regrette chaque seconde la décision tant qu’il est, en soi, une véritable oeuvre d’art…vous ne trouvez pas?

Louis Vuitton – Marc Jacobs au Musée des Arts Décoratifs Mode et Textile jusqu’au 16 septembre 2012 – 107 rue de Rivoli, Paris 1er – Métro Pyramides, Palais-Royal ou Tuileries – 9,5 euros plein tarif.

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3 thoughts on “Louis Vuitton x Marc Jacobs

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