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Flushgate 101: 7 jours pour agir

Réveil exorbité ce matin au petit-déjeuner. Le fil d’actualité se délie, fluide à son habitude. Puis, LA nouvelle flushgate du jour: depuis minuit, les vannes de nos égouts montréalais sont ouvertes. 8 milliards de litres d’eau attendus pendant les 7 prochains jours. Nos eaux sales, directement dans le Saint-Laurent.

Oh la nouvelle n’a rien d’une vraie nouvelle. On le savait depuis un moment que le projet se tramait en coulisses. Mais quand même, j’avais eu la naïveté de croire qu’en 2015, une équipe gouvernante bénéficiant d’un accès aux meilleurs ingénieurs et scientifiques du monde pouvait trouver une solution. Visiblement non.

Pire, la première parade aux huées qui s’abattent de Washington à Paris, et aux quatre coins de la Province, est de répondre: “Mais vous croyez quoi, c’est comme ça qu’on faisait il y a 30 ans!” Exactement, il y a 30 ans. En 1985. À une époque où se foutait pas mal de la gestion des déchets, où le changement climatique était un lointain débat de scientifiques avertis et d’écologistes vus comme des illuminés. Belle référence.

La seconde réponse/ justification entendue et lue depuis ce matin: Nous ne sommes pas les pires, regardez, le Saguenay, ou la région de Victoria en Colombie-Britannique n’a pas d’usine de traitements des eaux usées et rejette chaque jour 82 millions de litres d’eaux usées directement dans l’océan Pacifique (La Presse du 11 novembre 2015). Bravo. Vraiment, bravo. On croirait un enfant de 8 ans pris en faute. Belle capacité de remise en question. Et là encore, belle référence dans l’échelle des valeurs.

La troisième justification, celle qui me met vraiment en colère, est la suivante: on n’avait pas le choix! Avec l’ajout qui ne manque pas d’ironie mal sentie de monsieur le maire: “La décision que l’on prend, aussi impopulaire soit-elle, est une décision responsable dans le but premier d’assurer une meilleure protection pour le fleuve et notre eau” (Denis Coderre en conférence de presse, le 10 novembre 2015). Hum. Excusez-moi, je m’étouffe.

Évidemment quand on ferme les yeux sur un problème, il empire et l’éventail de solutions disponibles pour y faire face se restreint à vue d’oeil. La décision devient un ultime recours. Un choix par dépit. Pour éviter la catastrophe d’un laissez-aller prolongé. C’est d’ailleurs comme ça que j’entends l’aval donné par notre nouvelle ministre de l’environnement. Une sorte de “vu le merdier dans lequel vous vous êtes fourrés, évitons une catastrophe et prenons la moins pire des solutions, en tentant – un minimum – de l’encadrer”. Mais attention! Ça ne transforme pas magiquement cette solution prise en décision responsable. Ça fait plutôt une solution de dernier recours, pour un problème non anticipé et minimisé.

Car dois-je vraiment rappeler que le choix d’un politique, comme pour tout être humain en charge de quoi que ce soit, qu’il s’agisse d’une famille, d’une entreprise, d’une Province, d’un pays, vient de la création – en amont – de la possibilité d’options? Sans anticipation, sans prévision, sans planification, l’éventail de choix se restreint, c’est une fatalité. C’est comme une plaie infectée trop longtemps ignorée. Avec le temps, la plaie s’infecte et empire. Jusqu’au jour où on n’a pas le choix d’amputer. Jusqu’au jours où on se retrouve à devoir ouvrir les vannes des égoûts à minuit, en espérant que ça ne fasse pas trop jaser dans les chaumières.

Raté.

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Passée la phase de tristesse profonde, passée la phase offusquée, une seule question m’importe: que pouvons-nous faire, nous, dont les déchets vont être directement rejetés dans l’eau du Saint-Laurent?

Pendant les 7 prochains jours, nos actes auront des répercussions directe sur la santé de notre eau, de notre éco-système. S’il y a un moment pour être éco-responsable, pour faire les efforts qu’on se promet de faire depuis toujours autour d’une bière entre amis, c’est maintenant.

7 jours pour tenter, à notre niveau, de faire en sorte que notre éco-système ne nous en veuille pas trop. Que les baleines du Saint-Laurent veuillent encore bien venir nous saluer en passant mettre bas.

7 JOURS POUR AGIR

Radio-Canada a publié un article intéressant sur les 7 conseils pour limiter notre impact lors du déversement d’eaux usées dans le Saint-Laurent. Je vous invite à le lire. Et pour les fainéants, voici un petit récapitulatifs d’actions simples mais concrètes pour faire face à ce flushgate un peu mieux que nos dirigeants!

1. Ne pas utiliser les bouches d’égoût, les lavabos ou les toilettes comme des poubelles : donc pas de serviettes sanitaires évidemment, ni de préservatifs, ni même de graisses alimentaires, peinture, médicaments ou autres produits toxiques (plutôt logique non?).

2. Réduire sa consommation d’eau au maximum: on réutilise l’eau, on tire un trait sur les bains chauds du soir avant de se coucher (ahhh), on ne tire pas 300 fois la chasse d’eau par jour, on ne lave pas sa voiture pendant 7 jours!

3. On élimine au maximum le déversement de produits toxiques dans l’eau:  exit les produits d’entretien qui ne sont pas biodégradables, on ne vide pas sa piscine…

Trois comportements qui relèvent finalement du bon sens. Pas toujours facile à mettre en place j’en conviens, mais on devrait être capable de relever le challenge non?

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PS: Les deux photos d’illustration sont évidemment des photos que j’ai prises du Saint-Laurent quand il se déverse à son tour dans le Saguenay. Les interconnections de la nature…

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2 comments on “Flushgate 101: 7 jours pour agir

  1. Anne-Laure
    November 12, 2015 at 1:38 am

    Je suis consternée aussi. J’enrage depuis ce matin, je trouve ça tellement ahurissant ! C’est à se demander comment on peut encore mettre en place ce genre de solution… Puis à quelques jours de Cop21, bravo !
    En tout cas merci pour ce récap des comportements à suivre. Ici c’est douche rapide un jour sur deux, chasse d’eau tous les 2 pipis et pas de lessive avant la fin de ce carnage ! Non mais quelle bande de **** ! Pardon…

  2. Sarah M
    November 12, 2015 at 1:53 am

    Idem…d’ailleurs j’y pensais tout à l’heure en faisant mes courses…qu’ils aient mal anticipé à la limite. Soit. L’erreur est humaine. Mais cette façon condescendante de gérer les choses, en osant affirmer que leur décision est “responsable”, sans même un instant imaginer qu’ils auraient pu faire autrement ni mesurer l’importance de leurs actes…ça me rend folle. J’aurais mille fois préféré une équipe municipale avouant qu’ils ont merdé (sans mauvais jeu de mots ^^) mais se bougeant pour limiter les dégâts. Or là, mis à part quelques articles ci et là c’est comme si rien ne se passait. Ils auraient pu rebondir sur la situation pour sensibiliser la population, demander à chacun de respecter quelques règles, expliquer quoi faire etc. Mais non…bref, je m’enflamme…mais j’avoue, ce sujet me passionne ;)

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