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Creative Mornings MTL: Le langage par Milk & Bone

Ce matin, j’assistais enfin à ma première conférence Creative Mornings. Rendez-vous à 8h chez Cossette pour un shot de créativité et d’échanges allumés, un café fumant en main. Au programme de cette matinée, le langage, un thème ô combien essentiel et vital pour la rédactrice que je suis, abordé par Laurence Lafond-Beaulne et Camille Poliquin, aka le duo musical de Milk & Bone.

La multiplicité du langage

Pourquoi avoir invité deux artistes musicales pour intervenir sur ce thème du langage? L’idée peut de prime abord paraître incongrue puisque la logique aurait voulu que l’équipe de Creative Mornings fasse appel à l’expertise d’un auteur, d’un concepteur-rédacteur ou même d’un journaliste pour témoigner de son rapport au langage, à la langue et aux mots.

Mais voilà, une telle impasse aurait été répondu à une vision étriquée du langage.

Car le langage renvoie à beaucoup plus de choses que la langue. Les deux montréalaises de Milk & Bone le rappellent: en musique, le language comprend évidemment les paroles et les mots mais également la mélodie, les accords…sans compter l’univers visuel qu’un artiste peut développer pour assoir sa personnalité. Et le duo créatif l’a bien compris. Au point de développer son propre langage lexical, musical mais également esthétique et visuel.

” Toutes les chansons du Cirque du Soleil sont écrites dans un langage inventé.

– Milk and Bone “

Avec générosité, transparence et humour, Laurence et Camille ont expliqué leur processus créatif et leur approche personnelle du langage. L’occasion de décortiquer dans un subtil équilibre, entre légèreté et profondeur de réflexion, les coulisses de leur succès planétaire. Une ovation généralisée qui a fait de leur premier album, Little Mourning, l’un des buzz musicaux de l’année. De quoi être sacré “New Band of the Week” par The Guardian et décrocher un trio gagnant aux GAMIQ pour Pop Album of the Year, Breakthrough Artist of the Year et Song of the Year (pour l’excellent – et hautement addictif – Coconut Water).

 La langue des émotions

Tous les artistes québécois se faisant connaître à l’international en chantant en anglais sont un jour confrontés à la question de la langue, évidemment Milk & Bone ne fait pas exception. C’est d’ailleurs la seule question qui leur a été posée à la fin de leur intervention: “Est-ce que vous allez un jour chanter en français?”.

En contournant habilement la crispation politique, le duo a expliqué la raison du choix de l’anglais comme mode d’expression. “L’anglais est la langue des émotions. La musique qu’on écoutait, adolescentes, était exclusivement en anglais, or c’est là que se forge la langue des émotions”.

Des influences musicales aussi variées et éclectiques que Stevie Wonder, TLC ou Simple Plan pour Laurence, voire Britney Spears pour Camille, qui se traduisent aujourd’hui dans une écriture très imagée, véhiculée par la langue universelle qu’est l’anglais. “Dans nos chansons, on raconte des histoires personnelles à travers un langage d’émotion et des images permises par l’utilisation de l’anglais. C’est la façon qu’on a trouvé pour être mieux comprises”.

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L’image comme langage

Autre langage véhiculé par Milk & Bone, celui de l’image et d’une esthétique très travaillée et léchée. “Dès le début du projet, on a voulu un branding fort, une identité forte“. Pour y arriver, le duo a fait beaucoup de recherche. Mais surtout, les jeunes montréalaises ont su s’entourer d’une équipe fidèle et passionnée, une équipe de personnes proches, qui les connaissent, et comprennent leur univers créatif. Assez pour traduire leur univers musical de façon visuelle.

Au fil des élaborations graphiques, de cette déclinaison si particulière entre froideur et douceur féminine, dont la couverture de l’album Little Mourning est un parfait exemple, le vocabulaire Milk & Bone se construit. ” Sur scène, nous ne sommes que deux. Alors on a voulu accompagner nos lives avec un visuel fort. C’était important pour défendre le projet en spectacle”. Une répétition du vocabulaire Milk & Bone qu’on retrouve notamment dans le projet 3D qui anime la scène lors des concerts, mais également toute une série de supports, comprenant le merchandising développé par la marque.

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L’expérimentation créative

Pour l’instant, Milk & Bone n’a produit que deux clips vidéos. Deux univers diamétralement opposés qui illustrent bien la recherche d’esthétique forte du duo, combinée à une envie de s’amuser et d’expérimenter d’un point de vue créatif.

La première vidéo, New York, a été conçue avec un budget de 2 000 $. “On avait peu d’argent mais il fallait qu’on arrive à dégager une esthétique forte. On a monté une équipe de 3 personnes en plus de nous, on s’est enfermés une journée dans un studio avec plein de trucs empruntés et tout le monde a donné tout ce qu’il avait!”

” Des fois, avoir peu de budget permet d’aller directement au but.

Milk & Bone “

Pour la deuxième vidéo, Coconut Water, impensable d’aller dans le cliché trop facile de la plage et des cocotiers. Au contraire, le duo cherche même à s’éloigner de l’esthétique minimaliste et léchée de New York. “On a fait appel au réalisateur Romain F. Dubois pour son univers manga. On avait envie d’expérimenter. À la fin du clip, il y a même des pénis volants!” Entre deux rires, Camille avoue préférer l’esthétique de New York, mais rappelle l’importance de l’expérimentation dans la définition d’un univers et d’un langage créatif.

Écriture à quatre mains

Chaque artiste a sa propre façon de travailler, certains, comme Beyoncé, s’entourent d’une véritable armada de rédacteurs dans leur processus d’écriture. D’autres, comme Adele, préfèrent l’écriture en solo, ou à deux. C’est le cas de Milk & Bone, qui écrit chacune de ses chansons à quatre mains, à partir d’histoires personnelles.

Pour écrire ses chansons, le duo fonctionne de deux façons. La première, moins souvent utilisée, consiste à faire une liste de paroles ou d’idées, puis de construire à partir de là. C’est de cette façon qu’a été écrite Coconut Water, avec une liste de mots aussi divers que coconut water (finalement retenu pour le titre), palm trees, lemonade…Un champ lexical qui permet de noter tout ce qui passe en tête, sachant que seuls quelques mots seront gardés.

” Généralement, pendant les 15 ou 20 premières minutes, on dit des niaiseries. Ça permet de sortir tous les clichés possible. Ensuite, on devient plus sérieuses.

– Milk and Bone “

La seconde façon d’écrire revient à partir d’une histoire vraie. Un épisode vécu par l’une ou par l’autre, qui commence alors le travail d’écriture en solitaire, dans son coin. C’est ce qui s’est passé pour le dernier titre du duo, Pressure. Laurence raconte: “J’ai écrit les deux premiers couplets, puis j’ai été saisie par le writer’s block”. C’est là que la deuxième entre en piste. “Laurence m’a raconté l’histoire derrière la chanson, j’ai pu comprendre ce qu’elle ressentait et m’adapter à la chanson, au langage de la chanson”, confirme Camille. Quinze minutes plus tard, les deux couplets suivants étaient écrits et exprimaient parfaitement ce que la première avait en tête.

Un langage qui se compose donc à deux, dans une harmonie qui se traduit avec élégance, douceur, et une certaine noirceur propre aux histoires, aux vraies, celles qui font mal ou serrent le coeur.

“C’est une richesse d’être à deux, de pouvoir se challenger dans l’écriture”

Avec Poison, sa prochaine chanson (sortie prévue en février), Milk & Bone ouvre son processus d’écriture à une troisième personne. Un saut de puce à Toronto, et trois heures pour écrire une chanson avec un autre ponte du songwriting. Exercice qui n’aurait pas été possible il y a encore quelques mois (rappelons que le groupe n’est formé que depuis 2014). Puisque, justement, avant de pouvoir s’ouvrir aux autres, il a fallu façonner le langage Milk & Bone, s’assurer de la solidité de son identité.

PRATICO PRATIQUE:

Vous pouvez suivre l’actualité de Milk & Bone sur Instagram et Twitter @milknbone ou sur leur page Facebook MilkandBone.

Si vous souhaitez participer aux prochaines éditions de Creative Mornings, rejoignez leur page Facebook CreativeMorningsMTL. Les conférences ont lieu chaque dernier vendredi du mois, les billets sont gratuits mais tirés au sort. L’inscription sur la liste de tirage pour l’événement se fait le lundi précédent à 11h du matin (tirage le mardi à midi).

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