Ce matin, j’ai le coeur lourd. Pétri d’émotions, mais lourd. On l’imagine peu avant de la vivre, cette dualité du coeur. Ce monde qui s’enchevêtre à en donner le tournis, cette spirale d’émotions faite de joies aussi intenses que nos peines. L’expatriation. Une bien particulière situation n’est-ce pas? Source de surprises sans fin ni fond et de tempêtes intérieures. Deux mondes qui s’entremêlent. Le passé. Le présent. Le passé présent.
16 jours que ma soeur et son chéri de 9 ans, autant dire la famille avec un grand F. sont de passage dans mon présent. Ce soir, nos chemins se sépareront de nouveau. Pour un temps.
Étrange sensation des “au revoir” à répétition. On s’en imagine immunisée depuis le temps. 10 ans de vie en pointillés familiaux, ça commence à faire. Mais non. À chaque fois, la même émotion. Cette sensation d’un bout de soi qui s’arrache avec peine. Le prix à payer pour vivre ses rêves.
Mais si la douleur reste aussi vive qu’aux premiers “au revoir” murmurés sur un bout de porte, il n’existe pas de bonheurs plus intenses que ces instants partagés. Ces moments de retrouvailles, d’échange et de découvertes. Ces heures à sillonner les routes de notre nouvelle vie. Ces heures glanées à rattraper le temps, à rire de nos travers, de nos souvenirs, de nos envies d’avenir. Ces heures à siroter des tisanes en abattant nos cartes, ton as de coeur contre mon valet de trèfle. Petits bonheurs simples auxquels l’expatriation insuffle une saveur magique.
Qu’on se retrouve à Montréal, Boston ou New York, ces instants deviennent uniques. Des moments si rares qu’on les chérit précieusement. Pas le temps de les gâcher avec les tracas du quotidien, de l’éternel métro-boulot-dodo qui nous assèche trop souvent le cerveau et le coeur. Pas le temps pour les futilités. La parenthèse du temps fait son oeuvre. Le quotidien change son tempo, s’adapte et s’étire, transformant chaque seconde en minute, riche d’une infinité de pensées et de sensations, de vie. La fabrique des souvenirs se met en marche. Ces souvenirs qui créent chaque relation, la façonnent.
Sans ces souvenirs communs, quelle relation?
Alors ce soir, mon coeur se fractionnera. Les larmes perlent déjà. Mais la flopée de bulles de souvenirs, de sensations, de sourires et d’amour…ces instants de bonheur pur m’envelopperont comme d’autres enfilent leur armure. Le coeur gonflé. Prête à vivre mes rêves.















